‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 22 sur 300 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

il ne la voit plus; mais, à sa place , un vieillard se présente; c*est saint Bernard; il lui montre la femme idéale et sainte dans le cercle des bienheureux « sur le trône où Font appelée ses mérites : c Elle se faisait une couronne avec les rayons éternels qu'elle réfléchissait. »

Le saint vieillard, fidèle serviteur de la Reine des anges, le conduit au pied du trône de la Mère de Dieu, à laquelle il adresse cette sublime prière :

c 0 Vierge mèrel fille de ton Fils, humble et plus élevée qu'aucune créature, but arrêté de la volonté éternelle; tu es celle qui a tellement ennobli la nature humaine que le Créateur n*a pas dédaigné de devenir son ouvrage. Dans ton sein s*est allumé l'amour dont les rayons ont fait germer cette fleur au milieu de la paix étemelle. Tu es pour nous ici un soleil de charité dans son midi , et là-bas , parmi les hommes, une source de vive espérance. Femme, tu es si grande et si puissante que celui qui souhaite une grftce, et ne s'adresse pas à toi, veut que son désir vole sans ailes. Ta bonté ne vient pas seulement en aide à ceux qui demandent, mais souvent elle devance les vœux avec libéralité. En toi est la miséricorde , en toi la piété, en toi la magnificence ; en toi se réunit tout ce qu'il y a de bonté dans la créature.

« Or, cet homme qui , du dernier abîme de l'univers jusqu'ici, a vu les existences spirituelles une à une, te supplie en grftce de lui accorder assez de force pour qu'il puisse porter les yeux plus haut jusqu'à la suprême béatitude.

c Et moi , qui n'ai jamais désiré plus ardemment pour moi cette contemplation que je ne la désire pour lui , je t'offre toutes mes prières, et je te conjure qu'elles ne soient pas vaines, afin que tu dissipes par les tiennes tous

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les nuages de son humanité , et que la souveraine joie lui apparaisse. »

Cette prière est exaucée : la vision suprême et dernière apparaît au poète, mais elle est telle que les paroles lui manquent pour la peindre.

« Ma vue y en s*épurant, pénétrait de plus en plus dans le rayon de la haute lumière , où tout est vérité. Dès ce moment, ma contemplation fut au-dessus de mes paroles qui ne peuvent rendre ce que je vis, et la mémoire reste écrasée par tant de grandeur. Comme celui qui voit quelque chose en rêve , et qui , après son rêve , n'en garde que rimpression et ne se souvient plus de rien, tel je suis, car toute ma vision a presque disparu^ et je sens encore distiller dans mon cœur la suavité qui en émanait. »

Tout a été dit au sujet de Dante en fait d*éloge et de critique; les études, les commentaires, les traductions de la Divine Comédie sont innombrables; à peine était-il mort que sa gloire fut au niveau de celle des plus grands poètes. Jean Visconti, archevêque de Milan, chargea, en 1350, six savants hommes, théologiens, philosophes et antiquaires, d'étudier et d'expliquer son poème : deux chaires furent fondées à Bologne et à Florence pour Texpliquer à la jeunesse, et occupées. Tune par Boccace, qui a écrit la vie du poète, et Tautre par Benvenuto d'imola. Cette popularité fut éclipsée , il est vrai , au quinzième et au seizième siècle; mais depuis, elle a repris ses droits légitimes, et les travaux de la critique se sont multipliés ai: point de former une bibliothèque entière.

Les défauts qu'on lui reproche sont Tobscurité , la bizarrerie, la subtilité, Tabus de la scolastique, le mélange fréquent du sacré et du profane^ les souvenirs de la mytho- Jogie païenne, qui font parfois un contraste choquant avec

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