‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 211 sur 300 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

rat enyahit le pays, tandis que Junot prenait possession du Portugal. Les dissentiments qui éclatèrent entre le ▼ieux roi et son jQls Ferdinand, ennemi de Godoy, fourni* rent à Napoléon l'occasion qu'il souhaitait pour s'emparer de l'Espagne et lui imposer la royauté de son frère Joseph. L'iniquité était criante, et la suite montra combien cet attentat de despote était impolitique. Là commença à pftlir la fortune du conquérant» qui devait s'engloutir quelques années plus tard à Waterloo.

L'Espagne entière , frémissante d'une patriotique colère, se souleva contre le joug qu'on voulait lui imposer ; tout le monde fut soldat au nom de l'indépendance, et, pendant six années (1808-1814), la nation soutint cette lutte héroïque qui se termina par l'affranchissement du pays. Ferdinand VU rentra en Espagne en 1814 ; mais il eut bientôt à compter avec l'esprit révolutionnaire, qui y avait 'pénétré en même temps que les idées françaises ; il fallut l'intervention de 1823 pour lui rendre son autorité un moment compromise.

A la mort de Ferdinand, en 1833, la guerre civile édata. Ce prince avait voulu assurer la couronne à sa fille, Isabelle II, en s'appuyant sur une décision des Cortès de 1789, qui avait aboli la loi salique. Son frère, don Carlos, réclama ses droits les armes à la main, mais il fut réduit à quitter l'Espagne en 1839. Malgré ce triomphe de la royauté constitutionnelle, l'Espagne n'a cessé d'être agitée par des troubles révolutionnaires, par l'ambition des chefs militaires, par la compétition des partis. La régente, Marie Christine, dut céder la place à Espartero ; le pouvoir passa ensuite aux mains de Narvaez. Le pouvoir de la reine, compromis et ruiné par l'intrigue, tomba dans le discrédit et l'impuissance. Isabelle quitta l'Espagne en 1868 pour se

réfugier en France. Un prince de la maison de Savoie, Amédée, fut appelé an trône, et ne put se concilier le oceur de la nation. Ce règne éphémère fut suivi d'une nouvelle secousse révolutionnaire, au milieu de laquelle surgirent les prétentions rivales de don Carlos, représentant le droit salique, et d* Alphonse Xn, fils d'Isabelle.

Voilà où en est aujourd'hui TEspagne, toujours déchirée par la guerre civile, et se consumant dans des luttes intestines, sans pouvoir reprendre la marche ascendante de ses destinées. Monarchiste au fond, tant par son passé historique que par son instinct national, elle subit, comme la France, les courants divers que la Révolution a fait surgir dans Tesprit public. Elle en souffre, elle s*y épuise en efforts impuissants ; elle aspire à la stabilité sans pouvoir y arriver. Il lui reste heureusement un vigoureux esprit de nationalité, un vif amour du sol natal, enté^ur de glorieux souvenirs. L'esprit religieux, battu en brèche par de perverses doctrines, y conserve une remarquable puissance. Cette foi vive, instinctive, besoin inné de tout un peuple intelligent et généreux, est la meilleure sauvegarde de l'avenir. Puisse un patriotisme sincère faire oublier ces haines de partis, ces dissensions funestes qui paralysent le développement de la nation, et l'empêchent de retrouver cette forte unité qui a fait jadis sa grandeur et sa gloire.

On doit s'attendre à trouver dans la littérature contemporaine de l'Espagne le reflet et l'expression de ses agitations politiques et sociales. Nous allons en parcourir les différentes branches, en nous bornant, suivant notre plan, aux noms qui ont obtenu une notoriété illustre on au moins suffisante. Nous verrons que la plupart des hommes qui ont manié la plume ont aussi pris part de près ou de

Page 1