‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 212 sur 300 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

loin aux événements dont TEspagne a été le théâtre pendant les soixante dernières années. Ce sont les poètes qui attirent d'abord notre attention. Mais comme beaucoup d'écrivains se distinguent dans plusieurs genres, au lieu de scinder la notice qui concerne chacun d'eux, nous les rattachons à la forme qui domine dans leurs œuvres.

Le premier poète que nous avons à citer est un ardent patriote, Quintana, qui enflamma par ses chants la résistance à l'invasion française. Ce cri de TEspagne blessée, se redressant au nom de ses antiques souvenirs (Ode à l'Espagne) y eut un écho qui retentit dans tous les cœurs. L'invasion française rappelait naturellement celle des Arabes. La belle tragédie de Pelage, par Quintana, venait à propos exciter l'enthousiasme en ravivant de glorieux souvenirs. Le recueil de poésies de cet écrivain a des qualités sérieuses qui le feront vivre ; l'Espagne y trouve une de ses gloires, et lorsqu'en 1857 une souscription fut ouverte pour élever un tombeau à l'écrivain, les noms les plus illustres du pays s'empressèrent d'y apporter leur signature avec leur offrande.

Don Juan-Nicasio Gallego (1777), ami de Quintana, se fit comme lui l'écho des sentiments patriotiques devant l'oppression étrangère. Chapelain de la cour, il fut obligé de fuir lors de l'invasion française, et fut élu député aux Gortès de Cadix. Il soutint Tenthousiasme de ses compatriotes par des odes énergiques que lui inspirait la douloureuse situation de l'Espagne. Plusieurs de ses chants sont de véritables poèmes, notamment YOdeàBuenos-Ayret, Y Élégie au Deux Mai, l'ode sur V Influence de tenthousiasme public sur Us arts.

G*est à la même période qu'appartient Martinez de la Rosa (1789-1862), qui a rempli une des premières places

dans les afEùres comme dans la littérature de son pays. Â vingt ans, il occupait la chaire de philosophie à Funitersité de Grenade, sa ville natale. Il prit une part active au soulèvement de la nation contre la domination française, et il débuta dans la littérature par un poème en l'honneur de l'héroïque défense de Saragosse. Renfermé dans Cadix pendant le siège de cette place, il y fit représenter une tragédie, la Veuve de PadiUa» qui fut fort applaudie, surtout à cause des allusions patriotiques qu'il y avait semées. Lorsque Ferdinand vn eut recouvré son trône, Martinez de la Rosa devint un des membres les plus ardents du parti libéral ; il fut même, de ce fait, condamné à dix ans de galères. La révolution de 1820 lui rendit la liberté; il devint ensuite président du conseil; mais l'intervention française l'obligea de quitter son pays ; il vint passer plusieurs années en France, et se lia avec les membres influeqts du libéralisme, tels que Lafitte et Casimir Périer. Il continuait activement ses travaux littéraires» et écrivit même en français le drame àiAben Humeya, qui fut joué au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Il publia aussi à Paris ses œuvres poétiques en cinq volumes. On y remarque entre autres un Ari poétique, imité d'Horace et de Boileau, auquel il a ajouté un appendice remarquable sur l'histoire du thé&tre espagnol. Il rentra en Espagne après le règne de Ferdinand VII, et jusqu'à sa mort il eut une part active et influente dans les afiaires du pays : il fut tour à tour ministre, ambassadeur et président de la chambre, déployant partout une grande supériorité de talent unie à la modération du caractère. Parmi ses œuvres dramatiques, on remarque un Œdipe, imité de Sophocle; le drame de Morayma, Atvaro, pièce originale, qui parut comme uo réveil de l'ancienne gloire dramatique du pays, et une

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