‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 213 sur 300 · CHAPITRE DOUZIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. i

excellente comédie, le chef-d'ceuvre de Fauteur, la Mère oh hal et la fille à la tnaimm. Gomme historieu, Martinez de la Rosa a fait preuve d'un talent remarquable dans son EsquÙH historique de la politique de t Espagne, qui est un briUant résumé de Thistoire du pays ; il faut y ajouter son EipHt du siècle, qui se rapporte à la révolution française. Les poésies de cet écrivain se distinguent par le goût, la pureté de la forme et Tharmonie du style, plutôt que par la force de la pensée et la hardiesse de la conception ; mais elles lui assurent un rang des plus honorables dans les lettres espagnoles.

Le duc de Rivas (Angel de Saavedra) (1791-1865) prit part, dans sa jeunesse, à la guerre de l'indépendance contre l'invasion française, puis se lança dans l'opposition révolutionnaire contre le roi Ferdinand. Obligé de quitter sa patrie en 1823, il passa dix années en exil, réduit à une existence précaire, qu'il sut consoler par de nobles travaux. Ses premières œuvres, tragédies et comédies, portaient l'empreinte de l'école classique, et n'avaient qu'une médiocre valeur d'originalité ; mais il trouva une inspiration nouvelle dans le souffle romantique qui, d'Angleterre et d* Allemagne, avait passé sur la France ; de là cette veine plus vigoureuse et plus féconde d'où le duc de Rivas a tiré son épopée le More abandonné {el Moro esposito) et le beau drame de Don Alvaro. Cette pièce fit époque (1835), parce qu'elle montrait l'évolution du talent dramatique de l'auteur, et qu'elle indiquait une voie nouvelle au théâtre espagnol, jadis si riche et si fécond, et tombé depuis longtemps dans une stérile platitude. Quant à Fépopée du More, c'est sans doute une composition brillante, fruit d*ane imagination riche et féconde, un tableau pompeux de la double civilisation chrétienne et arabe au dixième

ils LITTÉRATURE ESPAGNOLE.

siècle ; il y a des couleurs aussi variées qu'éclatantes dans cette peinture des beaux paysages de l'Andalousie et des exploits de deux nations héroïques ; mais la pensée et le sentiment sont trop sacrifiés à ces brillants dehors ; on y voudrait plus de force et de véritable pathétique.

Le duc de Rivas devint ministre sous le règne d'Isabelle, et se montra aussi ardent conservateur qu'il avait été ardent révolutionnaire dans sa jeunesse : il déploya i la tribune de véritables qualités oratoires. Rentré dans la vie privée, il publia en 1841 un recueil de romances historiques où il retrouve souvent la verve heureuse de ses premières inspirations.

Si la poésie consiste dans l'élan spontané de l'âme, dans la sincérité du sentiment, fût-il sombre et désespéré, la palme en revient incontestablement à José Espronceda (1810-1842). Il apparUent, il est vrai, à l'école des poètes du doute et du désespoir qui a produit les Byron, les Musset, les Lermontof, enfants malheureux d'un siècle qui a perdu la foi et qui demande au néant le dernier mot de la vie ; mais dans ces Apres accents d'un impuissant scepticisme, le jeune poète espagnol a trouvé souvent l'émotion vraie de la passion et du désespoir.

Espronceda passa sa jeunesse au milieu des conspirations révolutionnaires, par suite desquelles il fut obligé de quitter l'Espagne; il alla porter ses pas errants en Portugal, en Angleterre, en France, où il prit part aux journées de juillet 1830. Une amnistie de Ferdinand VII loi permit de revenir dans son pays ; il entra même dans la garde royale; mais il n'avait rien perdu de ses ardeurs démocratiques. En 1833, il reprit dans les journaux sa polémique révolutionnaire, ses attaques contre le pouvoir monarchique; il finit même par embarrasser ses amis» les

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