CHAPITRE DOUZIÈME
progressistes, qai l'envoyèrent à la Haye, comme secrélaire de légation. Sa santé, déjà chancelante, fut encore compromise par les brumes de la ffoUande; il ne rentra en Espagne que pour y mourir bientôt à l'&ge de trentedeux ans. C'était une de ces natures ardentes, mobiles, désordonnées, portées aux extrêmes, qui s'usent vite par l'excès des émotions et des passions. De telles destinées ne prou?ent-elles pas, mieux que tout raisonnement, que le frein, la règle, le joug bienfaisant de la vertu, peuvent seuls assurer le bonheur de l'homme en l'assujettissant au devoir, en donnant un but défini à son existence présente et future ?
La poésie est, certes, un des éléments les plus élevés de notre nature, mais à la condition qu'elle soutienne et dirige l'instinct moral de l'àme, et ne perde pas de vue l'idéal, qui est son but suprême. Est-ce là ce que l'on trouve dans le poème le plus admiré d'Espronceda, qui a pour titre Diablo Mundo? Cette œuvre inachevée, pastiche du Manfred et du don Juan de Byron, est le produit d'une imagination malade, désordonnée; le héros n'y marche que dans les sentiers du doute et du vice, inconscient du bien et du mal; les beautés de détail, la richesse des images et du style ne suffisent pas pour excuser les divagations immorales de cette malsaine production.
Le Pdayo, autre poème de la jeunesse de l'auteur, est aussi resté à l'état d'ébauche. Ce qu'il a laissé de mieux et de plus complet, ce sont ses œuvres lyriques, dont quelques pièces sont empreintes d'une force et d'un éclat vraiment admirables : tels sont lePirtUe, le Mendiant, le Cosaque, Enfin il compte parmi les meilleurs romanciers de l'Espagne moderne par son Étudiant de Salamanque, et surtout par
iU LITTÉRATURE ESPAGNOLE,
son Sancho Saldana, curieux tableau de Tépoque d'Alphonse X.
Après la muse incrédule et désespérée d*Bspronceda, nous trouvons la muse aimable et croyante de Zorilla (1817), le chantre des gloires passées de FEspagne, l*admirateur passionné de ses vieilles romances. En invoquant de tels souvenirs, on est toujours sûr de faire vibrer la fibre patriotique, et TEspagnol prête mieux Toreille aux accents qui correspondent à sa foi religieuse qu'aux stériles divagations du scepticisme.
Dans ses Chants du troubadour, Zorilla imite les formes lyriques des anciennes romances, de même qu'il en rajeunit les sentiments et les tableaux. Ce recueil a de la variété et du charme ; il a consacré la réputation de l'écrivain. Mais Zorilla ne s*est pas borné au genre lyrique; comme beaucoup d'auteurs modernes, il a cherché le succès dans diverses /ormes de composition, et ses œuvres remplissent déjà plus de quinze volumes. Il a abordé l'épopée dans un poôme remarquable qui a pour titre : Grenade, poème oriental : le sujet est la lutte des chrétiens contre les Mores, la croix opposée au croissant. Enfin , il a donné au tbé&tre un certain nombre de pièces, prises pour la plupart dans l'histoire d'Espagne : le Poignarda k Goih, le Cheval du roi Sanche, La meilleure raison, c'est tépée, Sanche Garcia, Y Alcade RonquUlo eiPonJuanTenorio, Ha repris, dans ce dernier sujet, le type si souvent mis au thé&tre de ce libertin émérite, qui se joue du ciel et de la terre, jusqu'au moment où la statue du Commandeur Feotraîne dans les flammes de l'enfer. Mais, contrairement au dénoûment habituel, Zorilla donne à son héros un moment de repentir final qui assure le salut de son &me. La pensée est sans doute orthodoxe, mais on se prend à regretter,