CHAPITRE DOUZIÈME
comme plus moral, le cMtiment de l'impie qui a foulé aux pieds tous les principes de justice et de vertu.
Zorilla a habité tour à tour TEspagne, la France, puis le Mexique, où il devint lecteur de Tempereur Maximilien, dont le pouvoir éphémère se termina, comme on sait, par la sanglante exécution ordonnée par Juarès.
Don Ramon de Gampoamor (1817) est encore un des poètes les plus aimés, les plus admirés du public espagnoL II a siégé comme député aux Gortès; mais il n'a pas dédaigné les succès de salon, et souvent la lecture ou môme le chant de ses poésies y obtenaient les applaudissements d'une société d'élite. On a de lui deux recueils de vers. Poésies et Doloras (Tristesses); un poème épique, Colomb, et une sorte de poème dantesque, en huit journées, qui a pour titre le Drame universel. Cette vaste composition, à la fois fantaisiste et philosophico-religieuse, prouve une grande vigueur d'imagination. L'action se passe tout entière dans les régions du surnaturel; plusieurs chants rappellent les cercles de Dante, et, dans quelques parties, la Divine. Épopée de Soumet ; mais certains épisodes dramatiques, certains personnages historiques introduits à propos, la rattachent à la terre et lui donnent un côté humain qui soutient l'intérêt. On s'accorde à louer, chez Gampoamor, la variété, la douceur de l'imagination, jointe à la sobriété, à la concision, au naturel ; il a plus de nerf dans le style que de nombre et de richesse dans l'harmonie ; sa marche est mesurée, savante, et sa composition bien étudiée.
Ventura de la Véga (1807-1865) a compté de nombreux succès dans la poésie et au théâtre. Né à Buenos-Ayres, où son père occupait un poste administratif, il fit ses études à Madrid, et fut bientôt entraîné dans le mouvement litté-
raire, en compagnie de Larra et d*Espronceda. U fit partie de l'Académie du Myrte, fondée en 1823, et fut compromis avec ses camarades dans les tendances libérales de la société NumanHne, où Ferdinand Vn vit un nid de conspirateurs. Gr&ce à de hautes protections, il put éviter Fexil, et préféra dès lors les faveurs du pouvoir aux dangers d'une opposition compromettante. Les honneurs ne lui firent pas défaut : il devint académicien, directeur du Conservatoire de musique, chambellan de la reine et professeur de littérature auprès des princesses qui furent la reine Isabelle et la duchesse de Montpensier. Ventura de la Yéga a fait beaucoup de vers dont la facture est aisée, correcte, élégante, de bon goût; ce sont des sonnets, des satires, des odes dont plusieurs célèbrent des personnages ou des événements contemporains. Au théâtre, il a montré une habileté non moins grande, en adaptant au goût espagnol une foule de pièces françaises; il obtenait ainsi des succès faciles, aux dépens de sa propre originalité. U avait pourtant une valeur personnelle, qu'il savait au besoin mettre en usage, et il en a fait preuve dans sa comédie de mœurs V Homme du monde, qui est fort bien conduite, d'un intérêt soutenu.
Il nous est difficile, comme on le voit, d'étudier tous ces auteurs en suivant l'ordre des genres, car presque tous en ont cultivé plusieurs.; force nous est de les classer d'après le côté dominant de leurs œuvres. José Amador de los Rios débuta par la poésie; il s'adonna ensuite à la critique littéraire, où nous le retrouverons. Mais il faut donner la place qui lui convient à un charmant poète, don Fernando de Gabriel y Ruiz de Apodaca, qui a su concilier l'inspiration poétique avec ses fonctions de conunandant d'artillerie. Chez lui, l'épée n'a pas fait tort à la lyre» car