‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 216 sur 300 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

ses chants sont Texpression d*une &me élevée, noblement émue, quand il célèbre la religion, la famille, la patrie et les arts. Quoi de plus touchant, de plus gracieux que cette pièce charmante adressée à son fils, âgé de deux ans, et que nous voudrions reproduire tout entière !

€ Mon fils, doux enchantement, délice de mon existence, trésor et gloire de ta mère, gage de chastes amours;

« Comme ton candide sourire, miroir d'innocence, de cette innocence que Dieu ne donne qu'aux petits enfants ;

« Comme tes pas encore incertains, comme tes paroles qui commencent à laisser voir que déjà tu retiens et observes ;

c Comme ce regard de tes yeux brillants où Ton voit poindre et se développer le vif rayon de l'intelligence,

c Flattent mon cœur, s'emparent de ma tendresse, et m'aident à mieux comprendre toute celle que je dois à mes parents!

« Quelle plus charmante mélodie que celle qui me ravit, quand le nom de ta mère et le mien commencent à se laisser entendre I

« Quelle joie est comparable à celle qui envahit tout mon être, et me ferait dédaigner la faveur du plus grand roi,

c Lorsque prenant entre mes mains ton front blanc et paisible, que jamais le mal n'oserait effleurer de sa trace impure,

c J'y imprime mes lèvres, et que, dans Famoureux élan de ta douce tendresse, tu balbuties de caressantes paroles! »

Don José Gonzalès de Tajeda a composé, sous le titre de

Poésies anaeréorUiques à la dernière mode, un recueil de

petites pièces satiriques, dans le goût picaresque, qui sont

remplies de traits ingénieux, délicats, et d'une vive origi-

in. V

nalité. Elles sont dirigées contre les mœurs contemporaines, et semées de piquants contrastes qui leur donnent de Tattrait.

Don Higuel-Augustin Principe (1811-1863), avocat, professeur, bibliothécaire à Madrid, débuta par un drame, le Comte JuUen, qui eut du succès, quoique Tintrigue en soit trop compliquée. Il se tourna ensuite vers la fable , et en fit son domaine de prédilection , en l'appropriant aux mœurs et aux idées modernes, comme Ta fait en France M. Yiennet. La morale en est saine, élevée, les sentiments honnêtes, et la tournure généralement ingénieuse et agréable.

Don José Selgas est un des derniers venus dans le cénacle poétique de Madrid, où il fut produit avec toute la pompe officielle des protections aristocratiques. On fit grand bruit autour de son premier recueil poétique, le Prinîempi et l'Été, assez gracieux de style, mais où le fond est sacrifié à la forme. Il eut vite épuisé celte veine peu féconde, et il demanda d'autres succès au roman, aux productions légères et humoristiques, par lesquelles il parvint à fixer l'attention publique.

Gr&ce à leur imagination vive, à leur langue harmonieuse et musicale, les Espagnols deviennent facilement poètes; les vers foisonnent dans la Péninsule, et Ton aurait fort à faire pour relever et mentionner tous les noms, toutes les œuvres qui prétendent à la renommée. II nous suffira d'indiquer Manuel Palacio, poète satirique, aimable et spirituel, mais trop porté au scepticisme; — Romero Larraûega, qui se plaît dans les langueurs de la mélancolie; — Enrique Gil et Pellegrin-.

Nous avons vu que le théâtre avait toujours été la passion dominante du peuple espagnol. Aucune nation n'a produit un plus grand nombre de pièces; on peut même dire que

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