CHAPITRE TREIZIÈME
sait que les excès de la révolution sociale nous ramèneraient à la barbarie, et que l'Europe, en rejetant le joug bienfaisant de la foi religieuse, se préparait le joug de l'esclavage ^ que ne dirait-il pas de nos jours, en voyant l'ébranlement produit par l'audace toujours croissante des théories antisociales! Quelle ne serait pas aussi sa douleur de patriote et de chrétien en contemplant les ruines accumulées sur la malheureuse Espagne par la lutte des partis, l'ambition des cheb, Toubli trop général des principes de désintéressement et d'honneur!
Nous ne pouvons nous étendre longuement sur les orateurs de la tribune espagnole, car il faudrait pour cela faire une excursion assez étendue dans l'histoire des intrigues de cabinet et de la politique, qui n'est pas de notre domaine. Salustiano de Olozaga, chef du ministère à Tavénement d'Isabelle^ puis disgracié, exilé, était doué d'une véritable puissance oratoire-, son plus éloquent dis* cours est, sans contredit, celui qu'il prononça lors de sa chute du ministère, lorsqu'il fut accusé d'avoir employé la violence pour obtenir de la jeune reine la signature du décret qui dissolvait les Gortès. Il avait pour adversaire dans ce débat solennel le chef du parti modéré, Gonzalès Bravo, homme énergique, passionné, éloquent, qui était arrivé aux honneurs par le journalisme, et poursuivait ses vues ambitieuses. À côté de lui, et dans son propre parti, Olozaga tro\^va un adversaire redoutable dans Antonio de los Rios y Rosas (1812), qui ne lui était pas infé* rieur par le talent, et le dépassait en indépendance, en noblesse de caractère; sa parole abondante, claire, variée, entraînante, obtenait une grande autorité dans les Assem-
* EssfU sur le catholicisme, le libéralisme et le socialisme. 1851.
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blées; la conviction et la passion lui donnaient parfois des éclairs de génie.
M. Emilio Gastelar est l'orateur le plus en rue du parti démocratique ; il contribua fortement à rétablissement de cette république éphémère et malbeureuse inaugurée en 1868, qui lâcha la bride aux passions démagogiques, et sombra honteusement sous le coup de main du général Pavia. Romancier, journaliste, professeur à TAthénée de Madrid S Gastelar a beaucoup écrit dans divers genres. On Ta souvent comparé à Lamartine, et il lui ressemble, en effet, sous plus d'un rapport : instinct poétique, sentimentalité délicate, rêveries humanitaires, ambition politique, éloquence abondante, imagée, facile, et avec cela absence de vues positives et pratiques. Il restera de Gastelar quelques bons travaux littéraires, qui feront peut-être oublier ses erreurs, ses illusions de démagogue ; ce sont des Portraits, des Mélanges, une Vie de lord Byron et ses Souvenirs aitalie.
Un mot seulement sur la philosophie, et l'état de son enseignement en Espagne. Il n'y faut pas chercher cette puissance d'abstraction, cette hardiesse de systèmes dont l'Allemagne a la spécialité, non plus que ces brillantes études, parfois téméraires, dues à la plume de; écrivains anglais et français. Ghaque peuple a son génie propre, son
état psychologique et moral, dont les tendances se reflètent
instinctivement dans l'étude de la philosophie. L'Espagne est trop fortement imprégnée de la foi catholique pour pouvoir passer facilement au rationalisme que certains professeurs voudraient lui inculquer; elle est croyante,
* Ses leçons ont été publiées en quatre volumes, sous ce Utre : De la eivUisatim dans les premiers siècles du christianisme.