‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 225 sur 300 · CHAPITRE TREIZIÈME. i.l · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME. i.l

mystique, spiritualiste jusque dans ses profondeurs : elle est inaccessible au doute et à la négation. Ces froides théories ne peuvent être comprises d'une nation généreuse, active, enthousiaste, qui sent vivenient, et tourne vers le ciel toutes ses aspirations idéales.

L'école écossaise, qui prend pour base le sens commun et la conscience, fut représentée à Barcelone par Ramon Marti, auteur d'une Philosophie élémentaire, où il suivait d'assez près la méthode psychologique de Y. Cousin. Mais cette école eut peu d'influence; elle fut éclipsée par la doctrine plus franchement spiritualiste et religieuse de Balmès.

Jaime Balmès (1810-1848), né à Vich en Catalogne, fut reçu docteur après de fortes études, et professa dans sa ville natale. Prêtre austère et zélé, travailleur infatigable, logicien vigoureux, il ne craignait pas de mettre la science aux prises avec la foi, pour montrer sur quelles bases elles peuvent s'entendre en se complétant l'une par l'autre. Ce grand esprit, ce penseur profond se préoccupait beaucoup de la situation politique de l'Espagne, des tendances anarcbiques qui menaçaient son avenir ; il voulait concilier l'esprit moderne avec la foi religieuse et monarchique : point de progrès, point de vraie civilisation en dehoi*s de Tesprit chrétien. Quand on le comparait à Lamennais, qui avait rompu avec l'Ëglisc en reniant son chef et ses doctrines, il répondait : t Plutôt qu'un tel malheur, j'espère que Dieu m'enverra une mort précoce. » Il voulait bien la liberté, mais soumise à une autorité tutélaire sans laquelle tout frein est rompu, en politique comme en morale. Sa PAUosophie fondamentale et son Critérium sont l'expression de cette pensée, aussi ardente que convaincue : il prend pour guide saint Thomas, mais en appropriant sa doctrine m. 28

i34 LITTÉRATURE ESPAGNOLE.

aux besoins du siècle actueL II a noblement défendu la cause religieuse dans ses Lettres à un sceptique et le Protestantisme comparé au catholicisme, ainsi que dans une Esquisse sur Pie IX, ouvrages aussi fortement pensés que bien écrits.

Un professeur de l'université de Madrid, Julian Sanz del Rio, a essayé de répandre parmi ses disciples quelquesuns des principes de la philosophie allemande. Il ne prit point pour type le panthéisme nuageux et absolu de Hegel, qui eût choqué trop fortement ses auditeurs, mais il s*attacha à un des disciples de ce philosophe, à Krause, qui a conservé une morale austère, où il fait une place convenable à la liberté humaine, au spiritualisme chrétien. Cet enseignement a eu quelque succès, gr&ce à l'estime dont le professeur était entouré.

Don Ramon de la Sagra (1798) est moins un savant qu'on

économiste ; mais dans cette science, il tient en Espagne

la première place par ses nombreux et consciencieux travaux. Après avoir incliné au socialisme dans le sens de Proudhon, il quitta ce terrain brûlant, ces théories compromettantes pour revenir à une science moins entachée <de rêverie. Il a fait de nombreux travaux sur File de Cuba, et sa dernière publication, fort importante, est une Ai^ toire physique, économique, politique, intellectuelle et morale de nu de Cuba,

Don Eugenio de Tapia (1785) aurait pu figurer parmi les poètes, mais ses Essais satiriques et ses poésies diverses, dans le genre classique, ont moins de valeur que son Bit- 4oire de la civilisation espagnole; cet ouvrage unit à une science sérieuse des aperçus neufs, ingénieux, présentés sous une forme vive et agréable.

Il nous reste à parler du roman contemporain en Es-

Page 1