‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 226 sur 300 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

pagne. Là, comme ailleurs, il a pris un grand développement et trouvé de nombreux lecteurs. La patrie de Don Qaichotte n'est-elle pas le pays des rêves et des merveilles ? Ne touche-t-elle pas à l'Orient et aux MUle et une Nuits par les souvenirs arabes ? La vie nationale n*a-t-elle pas été pendant des siècles un roman et un drame ? Ces deux genres, qui se touchent de si près, formentla richesse principale de son fonds littéraire : en les cultivant aujourd'hui, elle ne fait que répondre à son instinct naturel, aux besoins de son imagination vive et exaltée.

Il ne peut entrer dans notre plan de faire une longue étude des romanciers. Quelques pages suffiront pour indiquer la tendance du genre, qui, depuis Walter Scott, a souvent demandé son inspiration à l'histoire. Escosura (1807) donna l'exemple par son Comte de Candeepina. Larra (1809-1837), qui avait débuté avec éclat en 1832 par les Lettres du pauvre parleur, satires en prose pleines de passion et d'audace, écrivit ensuite un récit d'un vif intérêt : le Page de dan Enrique le Dolent, qui servit de base à son drame de Macias. Ce jeune écrivain, que Tâge n'a pu mûrir, finit ses jours par un suicide dans un moment d'égarement et de désespoir. C'est plutôt un pamphlétaire qu'un romancier. Il eut également réussi comme critique, car ses essais dans ce genre témoignent d'un jugement ferme et juste; mais il y laissait trop dominer l'ironie. Censeur sévère des vices et des faiblesses de son époque, il ne sut pas s'en garantir lui-même ; sa mort fut le résultat d'une défaillance morale. Il lui manqua ce frein puissant que la religion peut seule opposer à la violence des passions du cœur, comme aux égarements de la pensée.

Nous ne reviendrons pas sur les écrivains déjà cités, qui n'ont fait du roman qu'un accident de leur carrière litté-

raire. Selgas n'a qu'une valeur secondaire dans ses récits, la Pomme d'or, Dettes de cœur, VAnge de la garde, etc. Mademoiselle Gertrudis de Avellaneda débuta dans le roman sous FinQuence de George Sand : Sab et les Deux Femmes se ressentent de la lecture d'Indiana; après son drame de Munio, elle revint à son premier genre dans Espalolino et Guatimozin. Des malheurs domestiques la poussèrent | se retirer dans un couvent; quand elle en sortit, ce fut pour reprendre ses récits romanesques, où l'on remarque Récarède, les Gloires de l'Espagne, la SomnanU^ule, etc.

Les romans de Gastelar, Ernest, la Sœur de charité, appartiennent à sa jeunesse; là comme ailleurs le futur démocrate imitait la manière de Lamartine ; il se souvenait de Geneviève et du Tailleur de pierres de Saint-Point. Mais comme conteur aimable et gracieux, sachant parler à Fimagination et au cœur, la palme revient à un poète, Antonio de ITrueba (1821], Fauteur du Libro de los Canlarès. M en Bis* caye, de parents pauvres, il doit sa renommée à un travail obstiné sur les livres autant qu*à un goût naturel qui détermina sa vocation. Il vint à Madrid à quinze ans, entra dans la boutique d'un quincaillier, et la nuit, eo cachette, il lisait Don Quichotte, les fables de Samaniego, les légendes des saints, tout en rêvant au pays natal où le reportait son cœur avec ses souvenirs. C'est ainsi qu'il devint poète et conteur. Sa réputation fut bientôt faite, et il fut en grande faveur à la cour d'Isabelle II. On admire surtout ses Contes couleur de rose, ses Contes populaires : ce sont des nouvelles très-courtes, simples, naïves, charmantes, qui peignent fort bien les mœurs et les paysages de ces belles vallées de la Biscaye où Fauteur avait passé son enfance, et où son &me est restée attachée par le souvenir. Dans ses Contes de village, la scène est transportée

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