‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 234 sur 300 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Pedro 1", qui célébra dans une romance touchante la princesse qu'il avait aimée, et dont il fit couronner le cadavre après la mort de son père.

Gomme l'Espagne, le Portugal a eu ses chants populaires, ses romances, auxquelles il ne manque qu*une étude plus attentive de la part de la critique pour leur donner la môme célébrité. Le recueil en a été fait au seizième siècle par Garcia de Resende; dans ce Cancionero portugais figurent environ trois cents poëtes.

Le Portugal eut aussi la passion des romans chevaleresques, et contribua, au seizième siècle, à la propagation du fameux roman à*Amadit. Quelques critiques en ont même attribué l'invention à Vasco de Lobeira, mort en 1403. Mais nous avons vu, dans la littérature espagnole, que ce dernier n'en fut que l'imitateur ou le traducteur. Le sujet de ce roman vint du pays de Galles, pour se propager en France^ en Espagne et en Portugal. Il faut arriver au quinzième siècle pour trouver le véritable développement de la littérature portugaise.

Le quinzième siècle est, pour le Portugal, une époque d'activité prodigieuse, de voyages et de découvertes lointaines; il arbore son étendard aux cinq écussons sur les côtes d'Afrique. Maître de Geuta, Jean P' eût sans doute conquis les royaumes de Fez et de Maroc, s'il n'en eût été détourné par la marche progressive de ses flottes vers les côtes de Sénégal et de Guinée, d'où elles s'élancèrent jusqu'aux rivages de l'Inde. Pourtant, si la nation avait Thumeur chevaleresque et aventureuse, sa poésie inclinait aux sentiments tendres, à la rêverie langoureuse ou à la pas-' iorale.

Le principal représentant de cette poésie passionnée est un brave chevalier nommé Macias YEnamorado (l'Amou-

rcux). Après s'être distingué dans les combats contre les Mores, il s'attacha au marquis de Villena, gouverneur d'Aragon et de Caslille; mais celui-ci, s'étont aperçu qu'il adressait ses hommages à une dame de sa cour, le fit mettre en prison à JaCn. Macias n'en continua pas moins de chanter la dame de ses pensées; mais le mari, nommé Porcuâa, ayant trouvé une de ces chansons, courut à la prison, armé d'une javeline, et tua le malheureux poète à travers les barreaux. Les poésies de Macias sont presque toutes perdues; pourtant elles eurent un grand succès, car elles produisirent une foule d'imitateurs, dont les chants avaient élé recueillis dans les Cancionen sous le règne de Jean II; les critiques modernes n'ont pu encore les retrouver. Ces chants étaient écrits en dialecte galicien, langue très-rapprochée du portugais, et les poêles castillans adoptaient eux-mêmes la langue et le mètre galiciens dans leurs chansons d'amour, qui avaient une grande analogie avec celles des troubadours provençaux : cette langue était donc comme le trait d'union entre la poésie portugaise et celle de l'Espagne-

Mais c'est surtout dans le genre bucolique que la poésie portugaise a obtenu ses plus brillants succès. Dans cette contrée si riche et si fertile, où la terre produit presque sans culture les fruits les plus exquis, l'indolence naturelle a fait négliger l'agriculture et l'industrie, mais la vie pastorale a pris une grande extension, et la douce influence du climat, favorable à l'imagination rêveuse, a développé les facultés poétiques au contact des merveilles de la nature et des charmes de la vie champêtre. Aussi, le premier po«e remarquable que nous rencontrons à l'entrée du grand siècle littéraire est un poète bucolique, Bernardin Ribeyro. U vivait sous le règne brillant d'Emmanuel U For-

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