CHAPITRE PREMIER
tuné, qui vil les grandes découvertes de Yasco de Gama, les expéditions d'Âlméida et d'AIbuquerque, et qui donna aux sciences comme aux Icltres une vigoureuse impulsion.
Ribeyro, né à Torrao, dans TAIentejo, reçut une éducation soignée, et devint gentilhomme de la chambre auprès du roi Emmanuel. Une dame de la cour, que l'on croit être Béatrix, fille du roi, lui inspira ses plus beaux vers; mais cette passion sans espoir donna à son imagination une teinte prononcée de mélancolie. Du reste , il mit tous ses soins à voiler les sentiments de son âme; la pastorale lui en offrait les moyens; il fit de la vie des champs Tidéal de la vie humaine, et, sous des noms supposés, il pouvait dépeindre plus librement les sentiments qui agitaient son âme; aussi lesa-l-il exprimés avec une tendresse gracieuse et une franchise qui les rend agréables. Ses églogues sont écrites en redondillas, et partagées en deux parties : la première est un récit ou un dialogue, la seconde est un chant pastoral qui Torme le côté le plus brillant et le plus soigné de l'œuvre. C'est à peu prèç la forme des églogues de Sannazar, que Ribeyro paraît avoir pris pour modèle. On y trouve déjà de ces jeux d'esprit qui devinrent bientôt un abus, et affadirent la poésie bucolique en Portugal aussi bien qu'en Espagne.
Ribeyro a encore écrit en prose un roman moitié pastoral, moitié chevaleresque; il a pour titre : Menina e Moça (l*Innocente Jeune Fille]; l'intrigue en est obscure, compliquée, parsemée d'épisodes qui en font perdre le fil, comme si l'écrivain eût voulu dérouter le lecteur, en lui cachant les sentiments personnels qui l'ont inspiré. Ce roman a servi de modèle à la Diane de Montemayor, qui fut elle-même le type choisi par Honoré d'Urfé dans son
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Astrée. Ainsi , ce serait du Portugal que serait venue toute cette école de bergeries allégoriques et raffinées dont l'Espagne et la France furent inondées à la fin du seizième siècle.
A côté de Ribeyro se place , dans le genre pastoral , son contemporain, Christoval Falçam, qui était amiral et gouverneur de Madère. Ses Égloguet sont empreintes de la même mélancolie mystique et langoureuse ; mais elle a un caractère plus intime, un sentiment plus profond que celui de la poésie castillane. C*est aussi un amour contrarié qui fait l'objet de ces chants; Fàlçam les écrivit dans une prison, où le fit retenir pendant cinq ans sa famille, pour s'être marié contre ses volontés.
La prose fit aussi quelques progrès au quinzième siècle. Le roi Edouard, fils de Jean !•% était un prince éclairé, un sage administrateur; il fit faire une révision du code judiciaire, protégea le commerce, les lettres et les sciences; lui-même composa plusieurs ouvrages sérieux : un Traité de morale, un Art du cavalier, qui prouvent une instruction remarquable pour Tépoque.
L'histoire est inaugurée par la Chronique des rois, due à Fernand Lopez, écrivain supérieur à son temps, et dont le style , plein de clarté , indique un progrès notable dans l'idiome national. Il fut un des premiers gardiens des archives du royaume, déposées à la Terre do Tomho^x ordre de Ferdinand. Il eut pour successeur dans ces fonctions Gomez Eannez de Azurara, qui reçut le titre de grand chroniqueur du royaume. Il s*en montra digne par le zèle qu*il apporta dans ses fonctions et par une intéressante Relation de Texpédition d*Âlphonse Y en Afrique, qui valut à ce prince le surnom d'Africain.