‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 237 sur 300 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

qui fit fleurir les études et imprima une vive impulsion aux lettres. Ce prince donna du relief à l'université de Coimbre» en y attirant des savants du dedans et du dehors. G*est à Coimbre que naquit Sa de Mirandà (1494-1558), le chef de Técole classique portugaise, et qui écrivît avec une égale supériorité en portugais et en espagnol.

Miranda appartenait à une noble famille; il commença par étudier le droit et renseigna même à Tuniversité, mais son goût Tentralnait vers la poésie. Il visita l'Espagne et ritalie, étudiant avec soin la langue et la littérature de ces deux contrées, puis il revint à Lisbonne et obtint la faveur de Jean m. Son caractère était doux et aimable ; mais il se laissait souvent absorber par une mélancolie tendre et rêveuse, au point que, dans les réunions les plus brillantes, il lui arrivait parfois de verser des larmes sous l'impression des sentiments qui envahissaient son âme. Les littératures anciennes lui étaient familières, et il cultivait la philosophie en même temps que la poésie et la musique. A la suite d'une querelle avec un seigneur de la cour, il se retira dans ses terres et y vécut paisiblement dans la culture des lettres.

Les œuvres de Miranda sont des Sonnets, des Églogues, des Épîlrei, des Hymnes à la sainte Vierge, des Chansons populaires et deux comédies imitées de Plante et de Térence. Quoique le goût italien fût alors en vogue, Miranda sut rester lui-même, c'est-à-dire original et naturel. Ses sonnets ont une grâce mélancolique et délicate qui n'est pas gâtée par le bel esprit. Mais il excejle surtout dans la poésie pastorale, qui était son genre de prédilec* lion; seulement ses plus belles églogues sont écrites en castillan; elles se distinguent par une fraîcheur et une délicatesse exquises. Ses Éptlres, qu'il intitule : Carias (let-

très), rappellent celles d'Horace, tout en se rapprochant de la pastorale par le langage , car les idées du poète le ramenaient toujours aux tableaux de la vie champêtre.

Dans sa cinquième épttre , Miranda signale avec douleur les progrès du luxe et la corruption que commençaient à répandre les richesses des Indes ; il rappelle que Capoue a mis un terme aux victoires d*Annibal ; les pressentiments du poète ne furent que trop tfit vérifiés! Miranda eut la douleur de perdre son fils, tué en Afrique dans une bataille; ce fut Tobjet d'une élégie touchante, pleine de sentiments religieux , qui seuls pouvaient adoucir cette perte cruelle.

Les deux comédies de Miranda ont pour titre : ot Ettranr geirot (les Étrangers) et os Vitialpandiot ; elles n*ont rien de national ; c'est une tentative de thé&tre classique d*aprës l'exemple des Italiens ; mais c'est à Gil Yincente qu'appartient la création du théâtre portugais.

Antonio Ferreira (1528-1569) suivit de près Miranda dans la carrière poétique» et fut avec lui l'un des fondateurs de la langue classique. Il étudia le droit à Goimbre et fut professeur à l'université de cette ville. Son modèle fut Horace, et, en l'imitant, il employa les mètres de la poésie italienne, dédaignant les redondillas et les autres formes de la poésie nationale. H avait en vue d'épurer la langue, de lui donner la correction classique, la noblesse, la précision, en la dégageant d^s formes trop pompeuses qui lui venaient du génie oriental ; il la rapprocha autant qu'il put du latin, mais il lui fit perdre en même tesnps quelque chose de sa saveur originale, en allant contre le courant du goût populaire. Au fond, il est plus critique 4^^ poète, et il a rarement l'étincelle de l'inspiration. Ses ^^ gies touchent peu : l'esprit y a plus de part que le co^nr.

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