CHAPITRE DEUXIÈME
Disciple de Pétrarque dans ses Sonnets, imitateur d^Horace dans ses Odes, il n'atteint ni la gracieuse mollesse de l'un, ni la souplesse élégante de Fautre. II fit aussi des Églogues, car tout poète portugais ne pouvait se dispenser d'en faire ; mais c*est pour lui un genre factice, un travail d'esprit, où manquent le naturel et le sentiment vrai de la nature. Ses Èpîires lui ont valu le nom é^ Horace portugais; c'est là qu'il est le plus à l'aise, en homme qui a vu le monde, observé, médité, et qui discourt aisément en vers, en mariant la philosophie aux gr&ces du langage.
Si Ferreira manque de force et d'inspiration dans la poésie lyrique, il a fait preuve d'un vrai talent dramatique dans son Inès de Castro, sujet qui a tenté tant d'écrivains en Portugal et ailleurs. Pour bien juger cette pièce, il faut se rappeler l'époque où elle fut composée. On était à peine au milieu du seizième siècle; la renaissance classique n'avait encore produit au théâtre que la Sophonisbe du Trissin ; Jodelle, en France, allait donner sa Cléopâtre et sa Didon. S'inspirant uniquement du théâtre grec, mais en l'appliquant à un sujet national, Ferreira composa une œuvre imparfaite, il est vrai, mais qui a quelque chose de la grandeur et de la simplicité antiques. Dans son inexpérience, il ne tire aucun parti de la passion de l'infant don Pedro pour Inès ; ce prince n'apparaît dans la pièce qu'au premier acte, pour parler de son amour avec son conQdent, et au dernier pour se plaindre de sou malheur. Mais le poêle a employé beaucoup d'art pour motiver l'ordre cruel que donne le roi Alphonse de faire périr la malheureuse Inès ; il met en avant la raison d'Ëtat, le vœu populaire, l'influence des conseillers. Le caractère d'Inès, plein de passion, de dévouement, de grandeur d'âme, ofiTre de pathétiques beautés. On admire surtout les chœurs, dont
le lyrisme élevé rappelle souvent les poétiques inspiralions du drame antique. L*esprit chevaleresque ajoute à cette pièce l'élévation du sentiment moderne, el malgré le défaut d*aclion, elle produit dans plusieurs scènes une émotion profonde.
Ce n*est pas tout : Ferreira a aussi ouvert à la comédie des routes nouvelles. Son Jaloux (Closo) est la première comédie de caractère qu on ait vue en Portugal, et même en Europe. Quoique faible d'exécution et de plan, cette pièce n'en oCTre pas moins le développement suivi d'un caractère fort commun en Portugal et en Espagne; la jalousie y est montrée avec les égarements qu'elle peut produire, et le côté comique destiné à en corriger. Tout en imitant les anciens, Ferreira sut conserver à son Jaloux la couleur locale qui pouvait le rendre plus national et plus comique.
Miranda et Ferreira, fondateurs de l'école classique, suscitèrent des imitateurs et des disciples, parmi lesquels il faut distinguer surtout Caminha et Bernardès, tous deux hommes de cour comme leurs prédécesseurs, car cette école érudite ne pouvait se recruter que dans la classe éclairée et lettrée de la nation portugaise.
Pedro Andrade Caminha, ami et admirateur de Miranda, le suivit dans les soins qu'il apportait à l'élégance et à la pureté du style, mais sans l'égaler sous le rapport de l'imagination et du sentiment poétique. Dans ses églogues^ on cherche en vain l'expression vraie de la nature; ses élégies sont froides et n'expriment que des douleurs factices; tout cela est convention pure, effort d'esprit ; aussi réussit-il mieux dans l'épi tre, qui n'a pas besoin d'émotion ; il y brille par l'agrément et le coloris du style. Il tourne égale-