CHAPITRE DEUXIÈME
ment bien répigramrae el T^pilaphe, en y mettant le goût et la précision qui conviennent au genre.
Diogo Bernardès, secrétaire d'ambassade auprès de Philippe II, prit part à la bataiUe d*Alcaçar-Rébir (1578), où périt le roi Sébastien, et y fut fait prisonnier par les Marocains. Il s'est aussi exercé dans l'épttre et Téglogue, genres favoris des poëtes portugais, mais il a encore moins de naturel et de vraie sensibilité que son ami Caminha. Son seul mérite est dans Télégance d*un langage travaillé avec soin ; il n'est pas exempt de ces traits d*esprit, de ces jeux de mots analogues aux cancetti italiens, dont la mode avait passé d'Italie et d'Espagne chez les poètes portugais. On lui reproche même d'avoir pris à Camoêns plusieurs de ses pièces. Ses. bergeries sont placées sur les bords du Lyma, ce qui justiQe le titre de 0 Lyma donné au recueil de ses poésies.
Agostinho da Cruz, frère de Bernardès, cultiva comme lui la poésie avec un certain charme; mais comme il s'était fait religieux, ses odes, sonnets, églogues, élégies traitent pour la plupart des sujets de piété en harmonie avec sa profession et ses sentiments.
. Fernand Alvarès do Oriente naquit aux Indes, à Goa, d'où lui vient son surnom d'Oriental. Au lieu de peindre le pays de sa naissance, la nature tropicale qu'il avait sous les yeux, il se reporta vers sa patrie d'origine dans sa Lusiiania transformada. C'est une pastorale qui a du charme, de gracieux tableaux ; mais on aimerait à voir chez les poètes portugais moins de bergeries et plus de variété dans l'inspiration. La Lusitania est mêlée de prose et de vers.
Un pauvre cordonnier nommé Baudarra fut le Maître Adam, le Hans Sachs de son pays; sans autre guide que la
iSt LITTÉRATURE PORTUGAISE.
nature et une verve spontanée, il composa des chants populaires qui eurent un grand succès dans la nation.
Nous avons nommé Gil Vicente (1480*1557) comme le créateur du drame en Portugal ; on Ta susnommé le PlauU portugais, selon l'usage de rattacher, par analogie, les auteurs modernes à quelque type de l'antiquité. Ërasme, qui apprit exprès le portugais pour le lire, lui trouvait plus de ressemblance avec Térence; mais au fOAd il ne relève que de lui-même ; il est original et de son temps. Quoiqu'il eût étudié le droit, Gil Vicente se tourna de bonne heure vers le théâtre; il était acteur et auteur, et deux de ses quatre enfants héritèrent de ses goûts dramatiques ; un de ses fils composa aussi des pièces, et l'eût éclipsé peutêtre s'il ne fût allé mourir dans l'Inde. Sa fille Paula devint la meilleure actrice de son temps ; elle était aussi poète et musicienne. Gil Vicente travailla pour la cour, et composa à son intention des pièces destinées aux fêtes civiles ou religieuses. Ses premiers drames datent du commencement du seizième siècle, sous le roi Emmanuel; l'héroïsme chevaleresque et les mystères religieux en sont le fonds principal. Son fils, Louis Vicente, qui publia son théâtre cinq ans après sa mort, les divise en quatre classes, les autos, les tragi-comédies, les comédies et les farces.
Cet écrivain n'a- pas seulement donné la première impulsion au drame portugais ; il a devancé de près d'un iècle les auteurs dramatiques de l'Espagne. Lope de Vega et Calderon n'eurent qu'à suivre son exemple en le perfectionnant; ils ont plus d'imagination, plus d'invention et de variété, une poésie plus brillante et plus riche, mais il ne faut pas oublier la dilTérence des dates ; un siècle a dû ajouter beaucoup à l'expérience et au développement des écrivains espagnols.