‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 240 sur 300 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Gil Vicente emploie le mélange bizarre de Félément chrétien avecla mythologie païenne; dans ces scènes allégoriques, la victoire restait toujours à la foi populaire* La plupart de ses anUçs se rapportent à la fête de Noël, ce qui lui permettait d*y introduire des hergers, d*après le goût dominant du public. Le langage est naturel, nair, parfois trivial, mais le dialogue a une vivacité singulière, qui justifie le succès de ces rudes ébauches. Les farces sont peutêtre ce qu*il y a de mieux dans ce théâtre primitif, parce qu'elles sont puisées dans la vie réelle, et qu'elles excitent la gaieté, tout en offrant des caractères assez bien dessinés. Ce qui fait défaut, c*est l'intrigue, côté faible du théâtre portugais en général, tandis qu'elle est le ressort principal du théâtre espagnol.

Le Portugal n'en a pas moins la gloire d'avoir ouvert, avec Gil Vicente, la carrière dramatique au reste de l'Europe, puisque, dans aucun pays, au commencement du seizième siècle, on n'aurait trouvé un théâtre qui eût autant d'invention, de naturel et de vraie poésie. Un certain nombre d'écrivains marchèrent sur ses traces : on peut nommer don Luiz, fils du roi Emmanuel, Résende, Lopez, Azévédo et Ribeiro. Miranda s'occupa davantage d'imiter les anciens, mais il est moins original. Ferreira, plus régulier, plus classique dans son Jaloux et son Inès de Castro, s'éloigne d'autant plus du goût national. Camoëns, dont nous allons parler, fit aussi quelques essais dramatiques; ses Amphitryons sont une imitation de Piaule; son Séleucus n'a qu'une médiocre Valeur; dans le Fihdemo, les aventures romanesques se mêlent aux langueurs de la pastorale. Ces ébauches ne valent guère la peine d'être citées à côté de ses autres chefs-d'œuvre.

C'est aussi pour mémoire que nous mentionnerons les

trois comédies de Ferreira de YasconccUos » intitulées ÏDJroiina, YUlissyppo, VAutografia; elles sont à" une longacar désespérante, encore alourdie par une foule de sentences et de citations pédantesques. Ajoutons au bagage de cet auteur un roman de la Table ronde.

Le peuple portugais, comme celui de TËspagne, conserva longtemps le goût des autoi et Aes forçai : c'était là le vrai théâtre national. Il faut y comprendre les comédies-féeries {comedias magkas) , dont les tableaux parlaient aux yeux, et devaient plaire à la foule ignorante, plus avide de sensations que susceptible de goût littéraire. Le théâtre classique ne put prévaloir, et ses premiers essais furent paralysés par l'indifférence du public. Du reste, la domination espagnole, établie eti Portugal en 1580, fit tort au génie dramatique des écrivains portugais; les vainqueurs firent jouer à Lisbonne les pièces de Lope de Yega et de Calderon, et le théâtre national tomba dans un oubli dont 11 ne put jamais se relever; il fallut, dans notre siècle, les patientes recherches d'un critique allemand, Bouterweck, pour remettre en lumière la seule période brillante qu*il ait eue, celle que nous venons de parcourir.

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