CHAPITRE TROISIÈME
intercalés dans la marche du poème , aux voyages et aux découvertes du grand Vasco de Gama. Ce hardi navigateur n'est donc pas, comme on Ta dit souvent, le héros prin* cipal du poème; son expédition ne sert guère que de cadre à une épopée où sont célébrées toutes les grandeurs de rhistoire nationale. Là est l'unité de l'œuvre; mais cette unité n'a pas une marche régulière, un ensemble bien lié comme les grandes épopées antiques ; c'est un défaut sans doute, et l'intérêt en souffre; le lecteur se fatigue site de ces longues descriptions géographiques qui ne semblent guère à leur place, de tous ces détails historiques qu'il peut trouver ailleurs. Il est vrai que d'admirables épisodes viennent relever l'attention et embellir le récit , que la riche imagination du poêle lui fournit sans cesse dfes couleurs nouvelles, et que la noblesse du langage épique se soutient, même dans les parties qui semblent un peu arides. Mais il est un autre défaut plus grave que l'on a souvent signalé dans les Lusiades, et que notre goût moderne a peine à supporter; nous voulons parler de ce bizarre mélange des fables païennes avec les dogmes du christianisme ; ce merveilleux en partie double fait un effet discordant et enlève au poème cette vérité d'inspiration, cette vraisemblance qui doit en être l'essence même. Il est bien vrai que, dans l'idée de l'auteur, les dieux et les demi-dieux qui interviennent dans l'action ne sont que dés allégories destinées à personnifier sa pensée ; ils y jettent pourtant une froideur réelle, en amoindrissant la conviction sérieuse qui doit être l'ftme de la poésie. Les souvenirs classiques lui ont en cela porté malheur, en mettant en présence deux merveilleux contradictoires, l'un païen, et l'autre chrétien; l'un de pure imagination, et l'autre basé sur la foi positive.
Les Lusiadei se composent de dix chants, contenant en tout onze cent deux strophes ou octaves ; le mètre est rîamhe héroïque, comme chez l'Arioste. Le plan du poète s'annonce dans son exposition même, c Je chanterai les armes et les hommes illustres qui, partis des rivages occidentaux de la Lusitanie, traversèrent des mers qu'aucun vaisseau n'avait sillonnées et parvinrent aux contrées inconnues situées au delà de Taprobane. Leurs efforts dans les périls, dans les combats, dépassèrent ce que promettent les forces humaines, et ils allèrent, chez les peuples les plus éloignés, fonder un nouvel empire qui s'éleva à une grandeur prodigieuse. Je chanterai aussi la mémoire de ces rois qui, étendant les limites de la foi et celles de leur domination, dévastèrent les champs infidèles de l'Afrique et de l'Asie. »
L'idée patriotique qui guide sa plume est noblement exprimée dans les vers qu'il adresse, dès le début du poème, au roi don Sébastien, à ce prince en qui devaient finir la gloire et l'indépendance du Portugal.
< Vous verrez dans ces vers l'amour de la patrie; ils n'aspirent point à une vile récompense, mais à la plus haute de toutes, à celle qui touche à l'éternité. Quelle gloire pour moi d'être le héros de la gloire de ma patrie! Écoutez, et vous verrez grandir le nom de ceux dont vous êtes le premier seigneur; écoutez, et vous jugerez s'il y a plus de gloire à être roi du monde entier, ou à être roi d'un tel peuple.
c Écoutez : car vous ne verrez point louer ici nos compatriotes pour des exploits de fantaisie, vains et mensongers, comme ceux que chantent les muses étrangères, qui s'attachent à une grandeur fictive. Les actions véritables de notre peuple sont si grandes qu'elles surpassent