‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 249 sur 300 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

moins dans IMnvention que dans le style. Le roi distingua son talent, et rengagea à écrire l'histoire de son pays. Jean III nomma Barros gouverneur des établissements portugais en Guinée, puis trésorier général des colonies : c'était presque le rang de ministre. Il remplit cette charge pendant trente-huit ans, et se trouvait aux sources mêmes des documents dont il avait besoin pour composer son histoire. Son plan était même plus vaste que celui qu'il a pu réaliser : il voulait raconter l'histoire générale de la monarchie, embrasser toutes ses guerres, toutes ses conquêtes et ses découvertes en Asie comme en Amérique. L'entreprise était trop vaste, et les affaires administratives dont il était chargé ne lui laissaient pas de loisirs suffisants pour accomplir cette tâche. II se borna aux événements de l'Asie portugaise; il divisa cette histoire en quatre décades ou quarante livres; la publication, commencée en 1552, se termina un peu avant la mort de l'écrivain, qui eut lieu en 1570.

Barros était bien placé pour connaître à fond les lieux, les événements et les hommes dont il parle ; de plus, il n'épargna ni travail ni recherches pour arriver à la vérité, tant il avait conscience de l'importance de son œuvre. Il est le premier qui ait fait bien connaître ces vastes contrées récemment ouvertes aux avides conquêtes des Européens, et jusqu'à nos jours on le consulte encore avec fruit . Gomme Gamoéns, sa plume est guidée par l'ardeur du patriotisme ; il parle avec enthousiasme des exploits et de la grandeur du peuple portugais, et il n'en peint que mieux le caractère national, car il ne cherche à masquer ni les défauts, ni la cupidité, ni la férocité même que déployèrent ses compatriotes dans ces guerres lointaines contre les Mores et les Indiens. Tout cela lui parait naturel ; l'esprit de con-

quête et de domination couvrait tous ces excès» et Fëpoque ne se prêtait pas aux sentiments humanitaires dont un historien moderne ne pourrait se départir.

Comme écrÎTain, Barros est plein de feu, d'énergie et d'animation; de plus, les Portugais admirent dans son style la pureté, l'élégance et le tour périodique. C'est pour eux un des maîtres de la langue. A l'exemple de Tite-Live, son modèle, il vise à l'éloquence, et se plaît à mêler à sa narration des harangues qu'il met dans la bouche des principaux personnages ; on croit qu'il n'a pas été inutile à Gamoêns. c Par la longue étude que j'en ai faite, dit Dias Gomez, je me suis convaincu qu'il prépara ce haut style dont firent usage par la suite nos poètes épiques. >

Les Décades de Barros ont été continuées par Diego do Couto (1542-1616), historiographe de Portugal, ami de Gamoéns, et qui avait parcouru comme lui les cêtes de l'Afrique et de l'Inde. Moins grand écrivain que Barros, il a comme lui le feu de l'enthousiasme et la passion de l'exactitude ; il eut même la sagacité de prévoir que la puissance coloniale des Portugais portait des germes de décadence, et il les exposa dans un Diahgue tur les emua de la décadence des Portugais dans les Indes,

Le grand conquérant des Indes, Albuquerque, ne doit pas être oublié dans l'histoire littéraire de son pays. Ses Lettres sont fort remarquables, et ses Commentaires ont été rédigés par son fils d'après les documents originaux qu'il avait laissés : ces témoignages directs sont toujours les plus précieux pour l'histoire. — Il faut citer au même titre la Chronique du roi Emmanuel par Damian de Goés, historiographe du royaume et intendant de la Torre d» Tomba, Bien vu à la cour d'Emmanuel, où il occupa divers emplois, chargé sous' Jean III de plusieurs missions à

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