CHAPITRE QUATRIÈME
rétranger, Goes raconte avec intérêt et fidélité. — Jérôme Osorio a aussi laissé une Histoire éf Emmanuel qui aurait plus d'importance si elle n*était écrite en latin; il avait voyagé en France et en Italie, enseigné à Goîmbre, et était devenu évéque de Silvès ; il avait la confiance du roi Sebastien, mais il fit de vains efforts pour le détourner de Texpédition d'Afrique qui lui fut si fatale. Ses Lettres portugaises, adressées au roi, à la reine et à d'autres personnages, sont remarquables par l'élévation et la fermeté du langage, aussi bien que par la noblesse du style; si les conseils qu'il y donne ne furent pas suivis, elles n'en restent pas moins comme des modèles d'une haute éloquence, et des preuves d'un grand caractère dans celui qui les dicta. — Enfin Feuiand Lopès de Gastanheda, après avoir exploré l'Asie portugaise pendant vingt ans, écrivit V Histoire de la découverte et de la conquête des Indes, ouvrage plein de faits curieux, puisés aux sources, et que Ton consulte toujours avec fruit.
A cette époque où la passion des voyages, des aventures et des découvertes enflammait l'imagination des Portugais, les relations des voyageurs acquièrent une importance à la fois historique, géographique et littéraire, surtout quand on considère les immenses résultats obtenus par ceux qui affrontaient ainsi les dangers des mers inconnues et des rivages où les portait leur ardente curiosité.
Un compagnon de Cabrai, Vas de Gaminha, écrivit au roi de Portugal une Lettre curieuse au sujet de la découverte du Brésil ; elle se distingue par la bonne foi et la naïveté, et intéresse d'autant plus qu'il n'y met aucune prétention littéraire.
Magellan, ou plutôt Magalhaens, dont les courses et les découvertes ont été si fécondes en résultats, a laissé un
Journal de ses voyages. — Mindez Pinto, qui visita l'Ëthiopie, TArabie, l'Inde^ la Chine, la Tartarie, le Japon, écrivit ses Voyages dans sa retraite, se vengeant ainsi noblement de l'indifTérence de la cour qui oublia ses services. Il avait éfS treize fois captif, et vendu dix-sept fois; s'il exagère un peu ses récits en leur donnant une teinte romanesque, il n*est pas aussi infidèle à la vérité qu'on a voulu le croire, car d'autres voyageurs ont confirmé la plupart des faits qu'il avait avancés.
Si» des voyages, nous passons au roman, nous trouvons au seizième siècle l'auteur du Palmerm, Francisco Moraés, né à Braga, et mort assassiné à Evora. Cet écfivain avait été attaché sous Jean III à l'ambassade envoyée à la cour de France; il a laissé des RelaiUms sur son voyage qui sont bien écrites. Le Palmerin est un roman de chevalerie qui a joui d'une grande réputation, et il était en telle estime qu'il échappe aux flammes dans la revue que font le curé et le barbier de la bibliothèque de Don Quichotte; il mériterait, dit le curé, d*ètre conservé avec autant de soin que les œuvres d'Homère. On doit aussi à Moraés Y Histoire de Primaléon, fils de Palmerin.