CHAPITRE V
Le Portugal depuis l'occupation espagnole (1580) jusqu'à la fin du dixseptième siècle. — La poésie épique après Canioëns. — Corte-Rea) : ses diTerses épopées. — Luiz Pereira Brandan. — Quebedo. — Pereira de Castro. — Menezès. — Mascarenhas. — Épopées portugaises en espagnol. — Bernarda Ferreira de Lacerda. — Moraês e Yasconcellos.
— Le théAtre espagnol à Madrid. — Vogue persistante de la pastorale.
— Rodriguez de Lobo. — Fana e Souza. — François de Macedo : sa prodi^euse fécondité. — Souza de Maéedo. — Perversion du goût. — Violante de Ceo. — L'élégie nommée Saudade, — Barbosa Bacellar.
— Nunez de Sylva. — Francisco de Vasconcellos. — Vogue des poèmes sur Polyphème. — Bahia. — Andrade i sa Vie de Juan de Castro.
— Bemardo de Brito : sa Monarchia lusitana, continuée par Brandam. — Nunez de Liaô. — Luiz de Souza. — Joaô de Lucena. — Boccaro. — Fra Esperança. — Éloquence religieuse : le P. Vieira.
Les phases politiques d'une nation correspondent presque toujours à des évolutions littéraires. Aussi nous effor* çons-nous, dans ces études, d'appuyer notre marche et nos divisions sur les événements principaux que nous offre l'histoire ; la clarté y gagne, et le mouvement des idées se trouve naturellement parallèle au développement histo* rique. Séparer entièi'ement l'histoire des faits politiques de l'histoire des lettres, c'est naviguer sans phare sur des côtes hérissées d'écueils, tandis qu'en se prêtant mutuellement leurs lumières, la littérature et l'histoire concourent à former un enseignement aussi intéressant qu'instructif.
La date de 1580 commence pour le Portugal une ère de m. 34
décadence et de servitude ; ce pays est incorporé à TEspagne par la moi*t du cardinal Henri, dernier roi de la branche d'Avis. Ce prince était Tonde de Sébastien, qui périt en Afrique à la bataille d'Alcaçar-Kébir. Philippe n d'Espagne, oncle maternel de Sébastien, se hâta d'évincer les divers prétendants à la couronne de Portugal, et, comme il avait la force en main, il se fit reconnaître facilement par les Cortès. Depuis ce moment jusqu'à l'année 1640, ce royaume n'a plus d'histoire qui lui soit propre ; il suit les destinées de l'Espagne sous Philippe U, Philippe III et Philippe lY. Cette période de soixante années a été nommée par les Portugais la caplivUé. Les Hollandais profitent des guerres européennes pour enlever au Portugal une partie de ses colonies en Asie, au Brésil et aux Indes occidentales. Les Portugais humiliés, traités en peuple conquis, n'attendaient qu'une occasion pour secouer un joug détesté ; elle se présenta sous le faible Philippe IV ; une révolution populaire s'accomplit, et porta au trône le duc Jean de Bragance, qui descendait de Jean I", et dont la femme, Catherine, nièce du cardinal Henri, n'avait jamais abandonné ses droits au trône. La maison de Bragance continue de régner en Portugal.
Nous avons laissé la poésie au point où l'avait portée le génie immortel de Gamoens ; son exemple suscita des imitateurs qui, sans l'égaler, sont doués d'un vrai mérite. Le premier qui se présente, dans la seconde moitié du seizième siècle, est Jeronimo Corte-Real, noble personnage qui avait fait des expéditions dans l'Inde et l'Afrique, assisté à la bataille d'Alcaçar-Rébir, où il fut fait prisonnier, et qui se retira dans la solitude quand il vit sa patrie aux mains de Philippe U. Ses loisirs furent consacrés à la poésie ; il chanta les gloires nationales dans diverses épo-