‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 253 sur 300 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

rimagination du poëte. Menezès était moine : sans avoi^ visité rOrient, il a su en tracer fidèlement de brillants tableaux qui forment un heureux contraste avec ceux qu'il &iit de son pays.

Bras Mascarenhas puisa le sujet de ton épopée Viriato tragieo aux sources antiques du patriotisme lusitanien : il chanta les exploits du pAtre Yiriathe, dans la lutte qu*il soutint contre la tyrannie romaine. Quoique défectueux dans l'ensemble, ce poème» en vingt chants, n*en offre pas moins de grandes beautés de détail, et un intérêt que soutient Fhérolsme de cette lutte qui balança un moment la fortune des Romains. Mascarenhas, avant d*être poète, passa par toutes les péripéties d*une vie d'aventures : il quitta, jeune encore, la maison paternelle pour courir le monde, fut pris par des corsaires, alla au Brésil, et combattit contre les Hollandais. De retour en Portugal, il se fit remarquer par sa bravoure dans plusieurs rencontres, devint gouverneur d*une forteresse, fut accusé de trahison et plongé dans un cachot. < Son imagination lui suggéra un moyen assez bizarre de sortir de prison : il obtint de son gardien un peu de farine pour composer, disait-il, un remède nécessaire à ses blessures, une paire de ciseaux afin de préparer ses vêtements, et un livre pour dissiper l'ennui dont i( était dévoré. Il eut la patience de découper les différentes lettres qui composaient cet ouvrage; il les colla sur quelques feuilles de papier réservées à cet usage, et il écrivit ainsi une longue épttre en vers au roi, qui lui rendit la liberté, ainsi que son emploi de gouverneur d'Âlfayate. »

La domination espagnole en Portugal, sans faire tort au patriotisme, détermina souvent les écrivains à se. servir dans leurs ouvrages de la langue des vainqueurs; du reste.

il était assez habituel aux auteurs, même avant cette époque, d'employer indifféremment les deux idiomes, dont le Tond est presque identique. Une femme célèbre au dix-septième siècle, Bernarda- Ferreira de Lacerda^ mariée à Gorrea de Souza, écrivit en espagnol V Espagne délivrée, po6me dont les sentiments sont bien portugais, malgré Tidiome étranger qu'elle emploie. On peut en dire autant du poème ElAlphonto, sur la fondation du royaume de Portugal, par Moraes e Yasconcellos.

L'influence de l'élément étranger se fit sentir surtout dans la poésie dramatique. Le théâtre, au dix-septième siècle, devint entièrement espagnol; il était alimenté à Lisbonne par des écrivains et des auteurs venus d'Espagne; aucun écrivain portugais ne chercha à le relever de cet abandon; aussi n'avons-nous aucun ouvrage à mentionner dans ce genre pendant la période qui nous occupe, sauf quelques comédies du comte d'Ericeira, père de l'écrivain célèbre de ce nom, qui appartient au siècle suivant.

Mais la poésie pastorale, amusement favori des lettrés portugais, ne perdit pas sa vogue; elle avait envahi le théâtre avec Gil Vicente. Camoôns lui-même avait sacrifié à ce genre doucereux et maniéré, qui était devenu comme une passion nationale ; il s'affirma plus que jamais sous la plume de Rodriguez de Lobo, le Théocnte portugais, homme de talent, qui habitait la campagne, où il a puisé toutes ses inspirations; sa vie fut paisible et sans éclat; il mourut en se noyant dans le Tage.

Ce poète campagnard n'est pas resté fidèle à la simplicité de la nature ; il avait le goût délicat et raiSiné, et il s'occupait beaucoup du choix des mots, de l'habile arrangement des périodes ; il aurait pu tenir sa place à cAté de mademoiselle de Scudéry, dans le salon bleu d'Arthénice.

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