‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 254 sur 300 · CHAPITRE CINQUIÈME. AS · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. AS

II se préoccupe surtout de la forme, de la cadence, du nombre, dont Gicéron lui fournissait les modèles. Cette imitation est sensible dans ses dialogues philosophiques, intitulés la Cour au village, ou les Nuits éFhiver, qui rappellent les Tusctdanes de Gicéron. Cet ouvrage a eu une notable influence sur la prose portugaise, qui y a puisé de nouvelles formes de style, en même temps que Fart de conter avec gr&ce et finesse. Ces conversations roulent sur des sujets philosophiques et littéraires; on y trouve des anecdotes, des nouvelles, des observations qui prouvent un goût cultivé et des connaissances très-variées, avec un mélange de pédanterie assez excusable pour l'époque.

Les autres ouvrages de Lobo sont des romans pastoraux qui servent de cadre à ses poésies bucoliques : tels sont le Printemps (Primavera), le Berger voyageur (o Pastor pèregrino), qui fait suite au premier, et une dernière continua, tion qui a pour titre le Désenchanté (o Desenganado). Toutes ces productions sont fades et monotones au premier chef : point de plan ni d'intrigue suivie, point de caractères soutenus; mais il s'y trouve des cantates, des chants bucoliques, des romances qui ont de la grâce et du charme, souvent même du naturel et de la fraîcheur; c'est là leur vrai mérite, en y ajoutant celui du style, qui en est Tome* ment principal. Les Portugais peuvent se plaire àla pein^ ture de cette vie des champs, douce et contemplative, qui correspond à un besoin, à une habitude de leur imagination ; mais elle n'a qu'un charme médiocre pour les étrangers, habitués à un lyrisme plus vrai, ou au développement d'une action plus dramatique. G'est ainsi que le goût varie d'un peuple à l'autre : il ne faut pas lui appliquer de règles trop absolues. Les Espagnols, si voisins dû Por-»

tugal, se font une tout autre idée de la poésie» et préfèrent la peinture de la vie active.

Lobo avait une telle prédilection pour la forme pastorale» qu'il y a même astreint la morale et la philosophie; ses Égloyuet didacliques traitent des sujets de ce genre, qui ne gagnent guère à être encadrés dans les tableaux de la vie champêtre. Quand ce poète aborde des récits héroïques, d*un ton plus élevé, comme dans ses Romances, il emploie la langue espagnole, comme s'il avouait l'insuffisance de la sienne pour rendre des sentiments plus nobles ou plus populaires. C'est peut-être cette même raison qui Ta fait échouer dans sa tentative d'épopée, où il chante les exploits de Nuno Alvarez Pereùra, grand connétable de Portugal : ce poème en vingt-quatre chants, dont les événenients sont distribués par ordre chronologique, n'est, au fond, qu'une chronique rimée» dépourvue d'invention et de charme.

Avec plus d'abondance que de goût. Manuel de Faria e Souza (1590-1649) s'est fait de son temps une xéputation que la postérité n'a pas consacrée. Après avoir passé par les fonctions publiques, et séjourné à Rome, il se livra entièrement aux lettres, et embrassa des sujets très-variés, la poésie, l'histoire, la critique ; il se vantait d'avoir écrit chaque jour de sa vie douze feuilles de papier, dont chaque page avait trente lignes. Ne serait-ce pas le cas de rappeler l'observation de Boileau?

un tel empressement

Marque moins trop d^esprit que peu de jugement.

La plupart des ouvrages de Souza sont écrits en castillan : ainsi, sur six cents sonneis^ quatre cents appartiennent i cette langue; ils sont entachés, pour la plupart, de re-

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