CHAPITRE CINQUIËUE
cherche, d*affectation et de bel esprit, car le gongorisme espagnol avait fait invasion en Poitugal» et Souza n'avait pas le goût assez sûr, le jugement assez ferme pour savoir s'en défendre. Uéglogue convenait trop bien à la tournure de son esprit et à celle de ses compatriotes pour qu*il ne s'y livrât pas avec amour : il cherche même à prouver, dans son JHscours sur la poésie pastorale, que c'est la seule forme poétique qui puisse rendre convenablement tous les sentiments, tous les actes de la vie humaine; c'est pour-^ quoi il classe ses bucoliques d'après l'idée qui domine dans chacune d'elles. Il a donc des églogues erotiques, rustiques, critiques, maritimes, chasseuses, funèbres, monastiques, fantastiques, etc. C'est une obsession qui touche au ridicule. Néanmoins les Portugais ont longtemps fait grand cas de ses Dissèrlatùms sur la poésie : c'était, pour eux, le dernier mot de la critique. Le goût de Souza était loin pourtant d'être assez sûr pour servir de guide; on ne le voit que trop dans son Commentaire sur le Camoëns, où ce qu'il admire le plus est précisément le défaut le plus sensible des Lusiades, c'est-à-dire le merveilleux mythologique. L*érudition qu'il accumule dans cet ouvrage est fatigante pour le lecteur ; il n'en tirerait aucun profit sans les notices précieuses qui s'y trouvent sur Camoens et les grands navigateurs portugais.
V Europe portugaise de Souza est écrite en langue castillane : c'est une histoire générale de Portugal depuis l'origine du monde. Il y cherchait moins le mérite de l'exactitude que les efTets de style et la pompe de la narration ; le gongorisme y brille à chaque page, et nuit singulièrement, par la recherche de l'esprit, aux qualités que l'on est en droit d'attendre d'un historien.
Si la fécondité d'imagination et la facilité de travail
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pouyaient à elles seules prouver le vrai mérite et assurer la gloire, cette palme appartiendrait sans contredit au P: François de Macedo (1596-1681). Né à Golmbre, il fut dès Tenfance un vrai prodige d'intelligence et de savoir. Il entra à quatorze ans chez les Jésuites, fit profession dans leur ordre, pour passer ensuite dans celui de saint Antoine, puis che2 les Franciscains. Le roi Jean l'attacha à plusieurs missions diplomatiques, à cause de sa connaissance des langues; il séjourna longtemps en Italie; le pape Alexandre YII le combla de faveurs, mais il encourut sa disgrâce par défaut de docilité, et se rendit à Venise, où il soutint contre tout venant une thèse dt omni re lobili, comme Pic de la Mirandole. Pendant huit jours, il proclama scfs conclusions sous le titre de RugU$emenis lilUraires du lion de Saint-Mare; aucun savant ne put tenir tète à cette bravade encyclopédique. Il enseigna ensuite la philosophie à l'université de Padoue, et mourut dans cette ville à quatre-vingt-cinq ans. Il n'a pour ainsi dire rendu aucun service à la littérature de son pays, car la plupart de ses ouvrages sont écrits en italien. C'est donc plutôt à titre de curiosité bibliographique que nous le mentionnons ici. Barbosa Machado n'a eu garde de l'omettre dans sa Bibliotheca luiitana, précieux monument élevé à la littérature de son pays ; il lui attribue 109 ouvrages, sans compter 32 oraisons funèbres, 35 panégyriques, 60 discours latins, 48 poèmes épiques, 2,600 poèmes héroïques, 3,000 épigrammes, une foule d*odes, d'épttres, de lettres familières, etc. ; beaucoup de ces ouvrages n'ont pas été imprimés.
Un autre écrivain du même nom, Souza de Macedo, s'est distingué par une fécondité analogue, et Barbosa énumère aussi les titres de ses ouvrages, qui roulent sur