CHAPITRE CINQUIÈME
]'histoir«, la philosophie, le droit, la poésie. Le seul qui ait eu quelque réputation est son poôme épique VUlytsipo, en treize chants, dont le sujet est la fondation de Lisbonne. •
Il nous serait facile, à la suite de Barbosa, d'énumérer ici les productions d'une foule de poètes d'un mérite douteux, souvent presque nul , qui se lancèrent dans les extravagances du gongorisme. Cette liste serait aussi fastidieuse qu*inutile : nous ne pourrions que relever des écarts de goût, des absurdités d'invention et de style, et donner les preuves de la dégradation où l'art était tombé. La critique a mieux à faire; elle signale avec bonheur les sublimes créations du génie ; elle s'attache au talent pour montrer l'heureux emploi des facultés humaines, mais elle ne gémit qu'un inslantsur l'abus qu'en ont fait certains écrivains sans jugement et sans goût. Sa tâche consiste à exposer une littérature vivante et forte, et non à ressusciter les morts.
Du reste, la perversion du goût en Portugal était si com« plète, que le public était le premier à encourager les écri vains dans la fausse voie où les engageait l'imitation des plus mauvais modèles étrangers. On en voit une preuve dans l'admiration dont fut l'objet une femme célèbre. Violante de Ceo (1601-1693), surnommée la Dixième Muse du Portugal, Elle composa à dix-huit ans une comédie qui a pour XWvQ Santa Engracia^ puis elle embrassa bientôt après la vie religieuse, ce qui ne l'empêcha pas de se livrer à la poésie. Malgré la bizarrerie de ses peintures, l'extravagance des images dont elle prétend orner son style, le phébus amphigourique où se perd sa pensée, elle excita l'admiration générale; ses vers furent recueillis sous le titre de : Pamasso lusitaneo.
C'est à cette époque que fut inventée Télégie amoureuse et plaintive que les Portugais nomment Saudade, et qui dégénéra bientôt en fadeurs sentimentales, car ce genre étroit ne»pouvait échapper à Taflectation , quand la poésie manquait partout de vérité. Le premier écrivain qui introduisit ce genre fut Antonio Barbosa Bacellar (1610-1663); mais il abandonna la poésie à Fâge de vingt-cinq ans pour se livrer à la jurisprudence, et se distingua par la défense qu'il prit des droits de la maison de Bragance.
Nunez de Sylva, moine théatin, né au Brésil et mort en Portugal , à laissé des Poésies religieuses qui échappent en partie au mauvais goût de Tépoque.
Francisco de Yasconcellos, né & Madère, s'est préservé avec assez de soin, dans ses sonnets, de rcnflurcqut était à la mode; maisGongora était un puissant fascinateur, et Yasconcellos traita d'ciprès lui la fable de Polyphème et de Galatée. L'informe géant, mons^rum horrendum, dont Virgile a sobrement esquissé les traits, devint, en Portugal, un type autour duquel s'épuisa l'imagination extravagante des poètes. On ne vit plus que des Polyphèmes ; il y en eut un de Jcronimo Bahia, un autre de Freire de Andrade; il est vrai que ce dernier était une parodie burlesque et ingénieuse de la fable à la mode; mais elle n*empècha pas d'autres poètes d'y revenir avec une nouvelle ardeur, ni le public d'admirer ces niaises productions.
Andrade a un mérite plus sérieux dans l'histoire; il n'a fait qu'une biographie, la l^ie de Juan de Castro, mais il a 9u en faire un chef-d'œuvre. Le personnage dont il s'est fait l'historien était le quatrième vice-roi des Indes; homme d'une vertu antique, d'un courage chevaleresque, à toute épreuve, il avait su réformer les abus de la colonie, triompher des princes indigènes, délivrer et rebâtir la citadelle