CHAPITRE CINQUIÈME. i
de Diù elmaintenir avec honneur la puissance de sa patrie. Gomme l'argent lui manquait pour reconstruire la forteresse qui faisait la sécurité de la colonie, il s'adressa aux négociants portugais pour en emprunter; ceux-ci, souvent trompés par Tadministration , ne voulaient faire aucun crédit. Castro coupa une de ses moustaches, et la leur envoya comme gage d'honneur de la somme à emprunter. < Il ne m'est resté, leur dit-il, d'autre gage que ma propre barbe, et je vous l'envoie par i)iego Rodriguez de Azevedo ; car vous devez savoir que je ne possède ni or ni argent, ni meuble, ni autre chose pour assurer votre créance, excepté une vérité sèche et brève que le Seigneur, mon Dieu , m*a donnée >. » Ce noble langage fut compris ; il obtint ce qu'il demandait; sa famille dégagea ensuite sa moustache et la conserve encore comme un monument de loyauté. Pour lui, il mourut pauvre, mais plein d'honneur et de vertu, entre les bras de saint François Xavier. Tel est l'homme dont Andrade a raconté la vie, et il se montre à la hauteur du sujet par la noblesse, la dignité et la sobre énergie de sa narration : c'est un des plus beaux livres de la langue portugaise.
L'histoire, traitée avec ces vives couleurs, cette indépendance de pensée, cet enthousiasme religieux et patriotique, nous repose des extravagantes aberrations de la poésie. Là se sont réfugiés, pendant le sommeil de la servitude, la ûerlé nationale froissée par un joug étranger, le souvenir poétique de la gloire passée, l'aspiration silencieuse vers un meilleur avenir.
L'histoire générale du Portugal fut entreprise par Bernardo de Brito (1570-1617), savant religieux qui^ avait fait
' Voir Ferdinand Dekis, Résumé de l'histoire littéraire du Portugal, p. 359. Paris, 1626, 1 irol«
ses éludes à Rome. Son ouvrage a pour titre : Monarchia huUana; il eut le tort de remonter, comme beaucoup d'autres, à la création du monde, au lieu d*entrer tout de suite dans le vir de son sujet, ainsi que Fy engageait le titre de son livre. Ses deux premiers volumes ne le conduisent qu'à la naissance de cette monarchie portugaise, par laquelle il aurait dû commencer. La mort l'empêcha de continuer son œuvre, et Ton doit le regretter d'autant plus que son début annonçait des qualités heureuses de narrateur et de critique, appuyées d'un style ferme et soutenu. — L^histoire de Britoa été continuée par Antonio Brandam, professeur à Coïmbre et historiographe général.
Duarte Nunez de Liao est aussi un des bons historiens de ce siècle, par ses Chroniques des rtris et sa Description es royaume de Portugal, dont le style est empreint d'une noble simplicité. Un soin consciencieux a présidé à ses recherches, et sa science comme sa bonne foi donne du prix à son travail.
Il y a bien du charme et de l'intérêt dans la Chronifue de saint Dominique, par Luiz de Souza, que son excellent style a fait placer au nombre des classiques. — Joaô de Lucena a mis en lumière les prodiges de zèle et de charité de FApôtrc des Indes, dans sa Vie de saint François Xavier. — L'histoire des Indes, déjà traitée par Barros dans son Asie portugaise, cl par son successeur Goulo, fut continuée jusqu'en 1617 par Antonio Boccaro, qui était aussi chroniqueur général.
VHistoire ecclésiastique a été faite avec talent par Fra Esperança.
L'éloquence religieuse a aussi quelques représentants honorables , quoiqu'elle n'ait pas laissé de ces œuvres qui font autorité dans la chaire. Les plus»ardents prédicateurs