‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 260 sur 300 · CHAPITRE SIXIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. i

renaître. La force virile de la nation avait fait place à une sorte d*épuisement; la prospérité , la richesse avaient engendré la mollesse et lu nonchalance; on oublia l'agriculture et même le commerce; le travail paraissait moins un honneur qu'une marque d'avilissement. Les colonies furent négligées du moment qu'on en eut épuisé les richesses qui procuraient des jouissances; on exploitait les naturels du pays sans chercher à établir les bases d'une colonisation durable. Aussi, dans le courant du dix-septième et du dixhuitième siècle, le Portugal perdit peu à pen ses plus belles possessions lointaines; il ne lui en reste plus de nos jours que de.faibles débris : la Hollande et l'Angleterre ont surtout bénéficié de ces dépouilles. Le faible et incapable Alphonse VI , en mariant sa sœur Catherine à Charles II d'Angleterre, abandonna à ce prince la plupart des possessions de l'Inde; Tanger resta aux Anglais et Ceuta à l'Espagne. Sous Pierre II, en 1703, le traité de Méthuen ruina le Portugal en mettant tout le commerce intérieur aux mains des Anglais : ce fut un coup mortel pour l'industrie et la richesse du pays.

En 1755, un affreux tremblement de terre vint détruire en grande partie la ville de Lisbonne et y faire périr trente mille personnes. Celait sous le règne de Joseph I*'. Le célèbre Garvalho, marquis de Pombal, déploya une énergie singulière pour relever la capitale de ses ruines, et porter partout les réformes. C'était un esprit novateur en même temps qu'un impérieux despote. Maître absolu du roi et du ro jaume , il brisa tout ce qui faisait obstacle à ses volontés, abusant, quand il le fallait, du plus odieux arbitraire. Ennemi de la noblesse et des jésuites, il profita d'un complot tramé contre le roi pour les terrifier, et envoya à l'échafaud plusieurs membres des plus nobles m. 32

familles; il réussit à y impliquer, quoique sans preuves, le Père Malagnda, et le fit brûler sous prétexte d^hérésie. Disciple des philosophes français, cet apôtre de la tolérance ne craignit point d'employer à cette œuvre inique le tribunal de rinquisition. D'un autre côté, Pombal fit de grands efibrts pour relever la marine et l'armée, faire refleurir l'agriculture , faciliter l'instruction ; mais il n'oubliait pas ses propres intérêts, et il acquérait des richesses scandaleuses par les monopoles. Jusqu'à la mort du roi, il étoufib tous les murmures et toutes les résistances par la prison et les supplices. A l'avènement de Marie I'*, le tyran du Portugal fut mis en accusation, et n'échappa au supplice que par la clémence de la souveraine ; on l'accusait ' d'avoir laissé mourir quatre mille personnes dans les prisons.

Si Pombal, maître de ses passions violentes, n'eût appliqué qu'au bien de l'État son énergie et sa puissante volonté, il aurait pu lui rendre une vie nouvelle; mais ce n'est pas par la violence que Ton réforme les peuples. Napoléon envahit deux fois le Portugal pour y combattre l'influence anglaise; quand ses armée» furent repousées, elle y devint plus puissante que jamais.

La littérature reflète assez fidèlement l'état de la société. Nous l'avons laissée, à la fin du dix-septième siècle, en proie au mauvais goût, aux églogues de plus en plus fades et maniérées; ce ne sont pas les poètes qui manquent; on pourrait les citer en grand nombre; mais c'est le génie qui leur fait défaut, en même temps que le goût les abandonne; il règne dans toutes leurs productions cette uniformité monotone qui amène le dégoût de la satiété.

Il se produisit pourtant, au commencement du dixhuitième siècle, une réaction de bon sens qui eût pu être

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