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CHAPITRE SIXIÈME

portugais du seizième siècle. Chez les anciens, il s'attacha à Horace, imita dans ses Odes la manière, le style, et même les différents mètres du poëte latin. Avec plus de hardiesse, et surtout de génie, il eût pu avoir une autorité décisive sur la poésie de son temps, car son style a toutes les .qualités désirables d*élégance, de noblesse et d'harmonie; ses Discours à l'Académie des Arcades montrent qu'il avait & cœur de ramener la littérature dans la bonne voie. Outre ses Odes, il a laissé des Épttres, des Sonnets, et deux pièces de théfttre. Il s'attira la colère de Pombal par quelques attaques dans la Gazette de Lisbonne, et mourut en prison.

Le Brésil a sa place marquée dans la littérature portugaise ; il a ses poètes originaux, qui tendent & s'affranchir des traditions classiques de la mère patrie.

Galdas de Souza (1762-1814) composa des Poésies sacrées d'un sentiment religieux vif et profond ; on admire aussi beaucoup son charmant poëme sur les Oiseaux. Gonzaga a mérité le titre d'Anacréon portugais par la gr&ce et la nàKveté de ses chants, dont la langue est aussi pure qu'harmonieuse. Durâo et Basilio Gama chantent les mœurs et les combats des Indiens contre les oppresseurs de leur pays : ces tableaux de la vie du nouveau monde sont empreints d'une vive originalité. Claudio Hanoel tient une place des plus honorables dans ce groupe des poètes brésiliens, mais sa pensée se tourne plus volontiers vers les rives du Tage où s'était passée son enfance.

A mesure que l'on avance vers la période contemporaine, on voit le goût s'épurer, le bon sens remplacer la fadeur sentimentale de l'âge précédent. Le contact de l'esprit français a été pour quelque chose dans ce retour à des doctrines plus saines; beaucoup de nos ouvrages sont

nOi LITTÉRATURE PORTUGAISE.

traduits en portugais, et alimentent la lecture des classes éclairées. L'antiquité, mieux étudiée et mieux comprise. Tient ajouter un élément fortifiant aux aspirations nouvelles, tout en contribuant à la correction du style. Pourtant la tradition nationale n*est pas négligée : tout bon écrivain tient à honneur de se retremper dans les bons modèles fournis par le seizième siècle, période glorieuse devenue définitivement classique.

C'est dans ce courant d'idées que nous trouvons un des meilleurs poètes du Portugal moderne, Francisco Manoel de Nascimenlo (1734-1821). Il appartenait à une bonne famille de Lisbonne, et, jeune encore, son nom commençait à devenir célèbre, lorsque la hardiesse de ses opinions philosophiques, et ses rapports, considérés comme dangereux, avec des Anglais et des Français, le rendirent suspect au pouvoir; il se réfugia en France pour y vivre et mourir dans l'obscurité et l'indigence. Son talent poétique éclate surtout dans ses Odt$, ses Satire et ses Épîires, où il se montre disciple attentif et admirateur passionné d'Horace, sans perdre les qualités natives d'écrivain portugais. Il traduisit aussi en beaux vers les Guerres puniques de Silius Italicus; il voulait l'imiter sans doute en composant son épopée les Fastes du Portugal, mais il ne l'a pas achevée. La Fontaine était l'objet de sa vive admiration; il a traduit ses Fables avec un grand bonheur d'expression et une grâce qui rappellent souvent l'original. Sa traduction des Martyrs de Chateaubriand, en vers, est moins heureuse, mais elle offre pourtant le caractère d'une noble poésie.

Manoel de Nascimento eut pour protecteurs dans sa tresse deux amateurs distingués des lettres; le premier Antonio de Azevedo, comte de Barcà, qui était ministre

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