‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 28 sur 300 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Nous pouvons le prendre. lui-même pour juge et censeur de Tabusque produisit son école. Pétrarque se plaint, dans une de ses lettres, d'être importuné par une foule de métromanes qui le poursuivent de leurs vers. < Ignorants ou savants, nous faisons tous des vers; c'est une triste consolation d'avoir des compagnons; j'aimerais mieux être malade tout seul. Je suis tourmenté par mes maux et par ceux des autres ; on ne me laisse pas respirer ; tous les jours , des vers , des épltres qui Tiennent pleuvoir sur moi de tous les coins de ma patrie. Mais ce n'est pas assez : il m'en vient de France, d'Allemagne, d'Angleterre, de Grèce. Je ne me connais pas moi-même, et Ton me prend pour jQge de tous les beaux espiits... Que pensez-vous que font nos jurisconsultes et nos médecins 7 ils ne connaissent plus Justinien ni Esculape... Mais que dis*je? Les laboureurs, les charpentiers, les maçons abandonnent les outils de leur profession pour ne s'occuper que d'Apollon et des Muses. Je me reproche d'avoir contribué à ce délire par mon exemple... Pour peu que le délire se communique, les bergers, les pêcheurs, les laboureurs, les bœufs mêmes ne feront que mugir et ruminer des poèmes. »

Quoique la gloire de Pétrarque soit surtout attachée à ses poésies en langue vulgaire, il parait qu'il en faisait moins de cas que de ses autres travaux en langue latine , sbit en vers, soit en prose : l'érudition, l'antiquité, l'amour et la recherche des manuscrits, telle fut, après Laure, la passion de toute sa vie. Il quitta à quarante ans sa poétique retraite de Yauciuse, et se mit à voyager en France, en Allemagne, dans les Pays-Bas; ses livres le suivaient partout, et il ne manquait pas d'y ajouter de nouveaux volumes, chaque fois qu'il en trouvait l'occasion.

Son premier passage à Paris ne lui inspira que répul-

5t LITTÉRATURE ITALIENNE.

sion et dégoût; dès cette époque , lltalie ne nous aimait guère 9 et nous n^ayons rien gagné depuis dans son affection. Cependant, quand Pétrarque 7 revint en 1360, chargé d*une ambassade par les Milanais, il rendit plus de justice à ce centre des grandes études, et ne trouva à lui opposer que les grands écrivains de l'antiquité.

Rivaliser avec les modèles antiques, continuer la tradition romaine dans la langue de Virgile et d'Horace, telle était son ambition ; c'est ce qui lui fit entreprendre sou poème VA/rica, p&le et Troide imitation de YÈnéide et de la Phanah; il 7 célèbre les victoires de Scipion sans pouvoir 7 répandre de l'intérêt , ni même aucun charme de st7le« Pétrarque a beau vouloir latiniser son génie, il n'est vraiment poète qu'en italien , et ses Èpttret mêmes , ainsi que ses Églogues latines, quoique supérieures à son poème, parce qu'elles se rapportent à des sujets contemporains, prouvent que l'imitation sert mal le génie.

C'est pourtant à ces poésies latines, à son Africa surtout, que Pétrarque dut la couronne poétique qui lui fut décernée au Capitole. Il était revenu dans son asile de Vaucluse, lorsque, le 23 août 1340, il reçut une lettre du sénat de Rome, qui l'invitait à venir recevoir la couronne de laurier au Capitole. Le même jour, le chancelier de l'Université de Paris lui proposait de se rendre à Paris, où pareil honneur lui était réservé. Si l'amour-propre du poète fut flatté de ce double appel , on pense qu'il ne balança pas longtemps dans son choix : la capitale du vieux monde romain devait l'emporter sans aucun doute, et il prit le chemin de l'Italie ; mais par une feinte modestie, il voulut aller consulter le roi Robert de Naples, et subir en sa présence une épreuve solennelle. 11 lui lut son poème tA/rica, et pendant trois jours se fit interroger sur toutes

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