CHAPITRE PREMIER
On sait ce que devint la Grèce sous les successeurs d'Alexandre, et comment elle fut la proie de la conquête romaine. La belle langue des Hellènes tond)a entre les mains des sophistes et des rhéteurs; le génie disparut avec la liberté. L*idiome grec s'altéra par le mélange des nations ; Byzance, devenue le centre de l'Empire, touchait aux confins de la barbarie. L'Église» eut pourtant le privilège d'airrèter un peu cette décadence ; elle inspira de nobles accents à saint Basile, à saint Grégoire de Nazianze, à saint Jean Chi^sostôme. Mais la sophistique grecque prit bientôt le dessus, et la langue devait avoir le même sort que ce malheureux empire de Constantinople, battu en brèche par les barbares , livré à des dissensions sans cesse renaissantes, dégradé par la corruption, et devenu cet État qui s'est longtemps et péniblement soutenu sous le nom de Bas-Empire. .
De longs siècles s'écoulent sous cette torpeur de l'esclavage byzantin ; ce n'était pas la vie, ce n'était pas la mort. Ce peuple vieilli et dégradé n'avait plus d'ardeur que pour des disputes stériles, pour les factions sanglantes du cirque. Justinien tle montra que faiblesse et impuissance ; il em* ploya les fonds destinés aux écoles à la construction de forteresses qui ne devaient pas arrêter les Barbares. Il sacrifiait Bélisaire, le seul défenseur de l'Empire, & d'injustes soupçons, et faisait fermer l'école philosophique d'Athènes. Aux attaques des Perses, des Bulgares, des Sarrasins, succédèrent celles des Turcs seldjoucides, et les croisades, loin de profiter à l'empire grec, précipitèrent sa ruine. La Grèce fut morcelée par les conquérants du Nord ; Venise étendit sa domination sur tous les ports de l'Orient, et le doge put s'intituler seigneur d'un quart et demi de f empire grec. Les Latins, séparés des Grecs par le schisme.
les abandonnèrent aux coups des Turcs, et Mahomet II finit par s'emparer de Gonstantinople (1453].
La culture de la Grèce ancienne avait jeté de si profondes racines qu'elle ne périt pas tout entière dans ce naurrage de la nation; La langue populaire avait été sans doute profondément altérée par Tignorance et Tinvasion des éléments étrangers, mais les monuments littéraires n'avaient pas tous péri, et les savants pouvaient toujours recourir à ces sources pures, pour y retremper leur goût et rarralchir leur esprit. Mais la Grèce, livrée à Toppression d'un barbare vainqueur, devait profiter moins que TEurope elle-même des travaux auxquels se livra Térudition. La prise de Gonstantinople fit refluer vers l'Occident tout ce qui restait de la science antique. Déjà même avant cette époque le mouvement de la renaissance en Italie y avait attiré des hommes éminents, dont le mérite était mieux apprécié dans ce pays que dans leur propre patrie. Tels furent Emmanuel et Jean Chrysoloras, Théodore Gaza, George de Trébizonde, Bessarion. D'autres les suivirent, et c'est par eux que nos écoles d'Occident furent initiées aux beautés immortelles des écrivains de la Grèce antique. Nous avons indiqué, en parlant de l'Italie, avec quelle ardeur étaient recherchés les manuscrits anciens, et comment la Grèce en fut dépouillée au profit de l'Europe; mais ils tombaient sur un terrain bien préparé ; on les lut, on les étudia avec passion, avec admiration, et ils contribuèrent puissamment à former le goût des nations modernes.
Il ne faut pourtant pas croire que la conquête de Gonstantinople par les Turcs ait entièrement dépouillé les Grecs de leurs ressources littéraires et des moyens d'éducation. Mahomet II ne se montra pas hostile à la religion chré*