‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 274 sur 300 · CHAPITRE PREMIER. 5â · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. 5â

tienne, et il laissa au clergé grec une certaine indépendance. Le patriarche Gennadios, homme instruit et distingué, en pro&ta pour établir une école auprès de son église, et une bibliothèque où il rassembla de nombreux manuscrits échappés au désastre de ia conquête : la tradition du savoir fut ainsi conservée. D'autres écoles grecques prirent ensuite naissance dans différents endroits, au mont Athos, à Athènes, à Janina, à Smyrne, à Patmos, àCorfou, à Zante, à Larisse ; on y enseignait le grec littéral, la théologie, la rhétorique, les éléments des sciences. La lumière n*était sans doute pas bien vive; c'était plutôt un feu latent, concentré sur quelques points isolés, et qui ne pouvait réchçiuffer la nation entière, ployée sous le faix de la conquête et de Fesciavage. II y eut de longs siècles de souffrances et d'obscurité ; mais le réveil devait venir, et sur l'Acropole d'Athènes a pu luire enfin un premier rayon de liberté, prélude d'un affranchissement plus complet de la race qui a produit Léonidas et Philopœmen.

La génération actuelle peut se rappeler encore Tenthousiasme qu'excita en Europe le soulèvement de la Grèce en 1821 contre le joug oppressif de la Turquie. La voix des poètes encouragea ce noble élan vers la liberté : V. Hugo, Casimir Delavigne trouvèrent pour elle des accents émus; Byron fit plus : il alla mourir à Missolonghi pour une cause dont il ne devait pas voir le triomphe. Déjà, depuis un demisiècle, il y avait eu des tentatives de soulèvement, toujours réprimées. Les associations connues sous le nom d'Hélai' ries furent la base de ces mouvements patriotiques. VHé'^ tairie des Philomuses, fondée à Vienne par Capo d'Istrias, puis transportée à Athènes, avait pour objet de créer des écoles en Grèce et de propager le goût de l'art antique ; mais une autre Hétairie, dirigée par le poôte Rhigas, était

une association secrète qui tendait à raffranchissement de la nation. Rhigas perdit la vie dans cette tentative, mais la société subsista ; Alex. Ypsilanti en prit la direction en 1 820, et elle fut l'âme du mouvement insurrectionnel qui prépara la délivrance du pays. Aux anciens chants Uejfi^ tiques se joignirent les accents d'une poésie nouvelle, inspirée par l'ardeur de la lutte et l'amour de l'indépendance. Le comte Denys Solomos composa son Hymne à la Liberté, répété par toutes les bouches, et bientôt traduit dans toutes les langues.

Notre but n'est pas de raconter l'histoire de cette lutte héroïque, qui dura neuf années, et dans laquelle un petit peuple, animé du souffle de la liberté, résista à toutes les forces de l'empire ottoman. Là se signalèrent par leur courage intrépide des hommes dont la gloire a couronné les noms, Tsavellas, Botzaris, Karalskakis, Gapo d'Istria, Kanaris, Kolocotronis, Miaoulis, Mavrocardato, de Golettis. Toute l'Europe avait les yeux tournés vers la Grèce ; l'opinion publique, la presse entière, comme la poésie, encourageaient ces nobles elForls. Les puissances finirent par s'émouvoir, et les flottes combinées de la France, de l'Angleterre et de la Russie écrasèrent la marine turque à Navarin. En 1830, la Grèce était déclarée indépendante, et deux ans après Othon de Bavière recevait la com-onne du royaume hellénique.

Cette sympathie profonde, enthousiaste, que la Grèce a excitée en Europe dans tous les cœurs généreux, elle la doit surtout à son nom, à son passé, aux glorieux souvenirs qui s'y rattachent. N'est-elle pas le symbole de la civilisation antique ? N'est-elle pas ce sol sacré où fleurirent les lettres et les arts dans leur expression la plus pure, la plus humaine, la plus idéale ? N'ayait-elle pas légué au

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