CHAPITRE PREMIER. 5t
monde moderne les plus beaux souvenirs de Théroïsme, de la liberté, comme, les modèles les plus accomplis de la pensée ? Aussi peut-on dire que la renaissance de la Grèce est le fruit de cette admiration et de ces souTenirs : ce sont les morts glorieux qui ont rendu l'existence nationale à ces survivants d*une race si longtemps opprimée, et un moment oubliée par l'histoire : la fable du phénix renaissant de ses cendres est devenue ici une réalité.
On connaissait peu de chose en France sur la langue et la littérature de la Grèce, quand parurent en 1824 les ChanU populaires de la Grèce moderne, par les soins de Fauriel. Ce fut comme une révélation; les Klephtes, les Pallikars furent bientôt à la mode; ils inspirèrent nos poètes et nos artistes. Cet ouvrage rendit un éminent service à la cause de l'émancipation ; il entraîna l'imagination publique, et exerça son influence sur les décisions de la diplomatie. L'attention se porta sur cette langue hellénique, héritière de l'ancienne, et capable de servir d'instrument à une nouvelle civilisation.
Peu après, un parent dTpsilanti, Jacovaki Rizos Neroulos, littérateur distingué, qui avait rempli des fonclions importantes en Yalachie et en Moldavie, fut poussé par les événements jusqu'à Genève, et fit dans cette ville un cours de littérature grecque moderne', dont la publication jeta un nouveau jour sur l'état intellectuel et littéraire de la Grèce. L'impulsion une fois donnée ne s'arrêta plus. La Grèce renaissante se livra avec ardeur à l'étude ; elle eut ses poètes, ses historiens, ses philosophes, Be$ savants, tous animés d'une noble émulation, cherchant à
' Cours de Hitéraiure grecque moderne, par Rizos Neroolos. GeDève, 182S, 1 Yol. Il eut deux éditions eu une année, et fut traduit en hollandais, en italien, en grec.
propager rinstruction, à épurer la langue, à se mettre en communication avec le reste de TEurope. Nous verrons que ces efforts ont été couronnés de succès.
Une bonne fortune pour la Grèce, ç*a été la fondation à Paris, en 1867^ de la Société pour t encouragement iei études grecques. Là figurèrent en première ligne les plus savants professeurs de nos facultés, MM. Patin, Bgger, Beulé, Rossignol, Villêmain, Saint-Marc Girardin, Brunet de Presle; bientôt une foule de notabilités européennes, dans les lettres, les sciences, le commerce, tous les admirateurs, les amis de la Grèce ancienne et moderne tinrent à honneur de se faire inscrire parmi ses membres. Le but de cette association est d*encourager, de propager les meilleures méthodes pour Tétude du grec, de publier les livres les plus utiles au progrès de cette langue. Un banquier grec de Constantinople, M. Ghristakis Zographos, fit don à la Société d'une somme de vingt mille francs, destinée à fonder un prix annuel par voie de concours. Les travaux de cette utile association acquièrent une importance de plus en plus grande, et Y Annuaire qu'elle publie chaque année porte le témoignage de ce développement. La Grèce moderne tient une place des plus honorables dans cette publication, qui sert comme de trait d'union entre la langue ancienne et l'idiome actuel des Hellènes. La jeune nation a donné la main à la Société française en suivant son exemple : elle a fondé en 1869 la Société athénienne powr la diffusion des lettres grecques et le grand Syllogue de Constantinople. Athènes a son Université depuis 1837. Partout on écrit, on compare, on étudie , on fonde de nouvelles écoles. Les auteurs anciens sont traduits en grec moderne avec un soin, un succès qui concourt au progrès de la langue, à sa fixité. En marchant dans cette voie, la Grèce