CHAPITRE PREMIER. 5S
devenue libre prouvera qu'elle est digne de ses glorieu]^ ancêtres.
La Grèce sort donc de ses ruines après de longs siècles de décadence et une période d'affreuse servitude; elle retrouve sa langue, ses traditions, ses souvenirs; elle s'y rattache avec cet amour passionné que l'on éprouve pour un objet chéri dont on avait pleuré la perte. Disons quelques mots de cette belle langue qui refleurit sur la souche antique, et qui semble appelée à des destinées nouvelles.
Le grec moderne procède directement du grec ancien, à travers des altérations qui ne sont pas bien profondes. La corruption est surtout sensible depuis le règne de Justinien. Les invasions barbares, les croisades, la conquête turque y portèrent des atteintes successives. Le peuple, abandonné à lui-même, livré à l'ignorance, se forma un dialecte qui dérivait de la langue littéraire, mais qui en avait perdu l'élégance et I9 pureté. Cette langue vulgaire existe déjà avant le onzième siècle ; on la parle, et même on l'écrit, comme le prouve la Chronique universelle de Siméon Séthos, qui va de 1070 à 1080.
c Cependant, dit un critique', il ne faut pas croire que le grec moderne diffère essentiellement de l'ancien. Ce n'est qu'une seule et même langue, qui a graduellement subi toutes les modifications que le temps a apportées dans la manière de concevoir les idées et de les exprimer. Les altérations matérielles se bornent à l'introduction de quelques mots tirés principalement des langues turque et italienne, à certaines formes des noms et des verbes altérées par un long usage, enfin, à quelques acceptions particu-
I RuoB Neroulos, Littérature grecque moderne, p. 21. m. 34
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Hères qu*ont revêtues les mots anciens. La langue a pris le génie et la couleur des idiomes modernes, sans rien perdre cependant de sa souplesse, de son abondance et de sa variété. » La versification subit des modifications analogues : l*hexamètre fut oublié, et fit place au vers dit politique, plus simple et plus facile ; ce vers est employé dès le onzième siècle, à Tépoque où la langue vulgaire se fixe, s'assouplit et sert d'interprète à la pensée littéraire.
Au douzième siècle, on cite les compositions de Théodore Prodromos, moine de Gonstantinople : Tune est une satire contre ses supérieurs, Tautre une épître à Manuel Gomnène.
Chose singulière! nous trouvons en Grèce, à TépoqDe féodale, l'empreinte et l'imitation de nos vieux auteurs français, de nos trouvères et de nos troubadours. La patrie d'Homère s'inspire des chansons de geste; on oublie le chantre d'Hector pour l'épopée de Charlemagiie et de la Table ronde : habent sua fata... Au douzième siècle, un écrivain qui se dit Grec d'origine, et qui a certainement vécu en Grèce, Aimé de Varennes, écrit le poème de Fbh rinumt et PhiUppe. Les Aventures (tHysnUné et éTHysmé^ nius, par Eumathès Marembolité, les Aventures de Dranltst et de Chariclès, par Nicétas Eugenianos, appartiennent à la même époque. Ces écrivains ont le caractère indigène; le premier, dans son pédantisme naïf et ingénieux, est plein de traits et d'allusions tirés des anciens, d'Homère, de Sophocle et de Ménandre; c'est un conteur d'histoires sentimentales et romanesbues. L'un et Tautre sont bien byzantins par la pauvreté de l'imagination, le clinquant du style, le lieu commun, qui attestent l'impuissance et la décrépitude; pourtant cette littérature raffinée et stérile parle encore une langue assez pure, qui a résisté