‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 277 sur 300 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

à l'envahissement du patois vulgaire. Nicétas emploie le vers politiqut, mètre nouveau, méprisé des savants, mais qui répondait au besoin moderne de simplicité' et qui s'imposa bientôt à tous les poètes ; il remplaça l'hexamètre antique, et se mesura sur la quantité des syllabes, au lieu de compter par longues et par brèves Ce nouveau vers avait trois pieds de quatre syllabes et un pied de trois; U pourrait bien être le père de notre alexandrin.

La Grèce reçut donc, à la suite des croisades, une empreinte féodale. Malgré la répulsion qu'eUe éprouva pour ces altiers barons qui lui firent la loi, et imposèrent un empire latin à Constantinople, sa littérature se pénétra de l'élément féodal. Athènes, Thessalonique, la Morée eurent pour maîtres des chevaliers latins; Viilehardouin, chroniqueur et poète, fut maréchal de Romanie. Les cours d'Orient eurent leurs fêtes et leurs tournois ; les trouvères et les troubadours suivirent les conquérants, et partout la langue franque servait d'interprète aux divers peuples que le hasard mettait en présence. Notre littérature chevaleresque pénétra ainsi en Orient, et l'érudition moderne en a retrouvé plus d'une trace dans nos bibliothèques'. Voici les principaux romans chevaleresques imités ou traduits en langue grecque d'après nos romanciers français.

Le Vieux Chevalier est un fragment de poème appartenant au douzième siècle et tiré du roman français Gà-on U Courtois; il est écrit en grec littéral très-pur et arrangé avec art.

Le» Amours de Belthandros (Bertrand) h Romain et de Chry.

' Voir Gma, Étude sur la 'littérature grecque moderne Paris 1866, i vol. '

531 LITTËRÂTURB GRECQUE.

iantza, fille du roi dCAntioche. Ce n'est pas une traduction,

mais une imitation libre de nos romans de chevalerie, en

langue vulgaire; les héros historiques y sont travestis en

paladins.

Les Anumrs merveilleuses de Lybistros, chevalier latin^ et de Rhodamné, ffrincesse d'Arménie. Ce roman, dont Fauriel loue la diction, offre beaucoup de souvenirs classiques, mêlés à une rhétorique prétentieuse. Vient ensuite la Guerre de Troie, traduit de l'ouvrage de Benoit de Sainte- Maure, puis Fhre et Blanchefleur, imité' du roman français qui porte ce titre; il est postérieur aux précédents, et fut peut-être importé par des Italiens, car Boccacc a tiré du même sujet son Filocopo. Quant au Bélisaire, on en connaît Fauteur : c'est Géorgillas, qui a aussi composé les Lamenlations sur la prise de Constantinople, et les Lame/Stations sur la peste de Rhodes en 1498. Le Bélisaire est rimé, tandis que les Lamentations ne le sont pas. Il y a donc lieu de fixer à cette époque l'introduction de la rime dans la poésie grecque. Un autre roman rimé, Imperios, est du quinzième siècle : c'est une traduction de Pierre de Provence et la belle Maguelonne. Enfin le Roman du Renard fit aussi son apparition en Grèce au quatorzième siècle : on en trouve deux imitations en vei*s politiques non rimes; les fourberies de maître Renard ont eu le privilège d'amuser toute l'Europe.

Le roman d' Erotocritos n'est pas une imitation, mais une production originale due au Cretois Vincent Cornaro, dont le nom accuse une origine vénitienne. C'est un ouvrage parsemé d'érudition classique, offrant assez de vivacité dans la peinture des caractères, mais pour le reste prolixe et fastidieux. L'influence italienne s'y fait partout sentir, car, à cette époque, Venise sillonnait TAr-

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