‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 278 sur 300 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

chipel avec ses flottes et le couvrait de ses comptoirs.

Nous mentionnerons en passant, pour cette période obscure, une idylle intitulée : la Bergère, d*un goût primitif et sauvage; un drame hihliquej le Sacrifice tP Abraham; une tragédie romanesque, Eriphyle. La chronique s'écrivait parfois en vers dans le goût du roman : tel est le récit de la Bataille de Varna, en 1444, par un témoin oculaire, et une Histoire de la conquête de la Morée, par les croisés en 1206.

Mais cette littérature chevaleresque ou savante restait à la surface de la nation : elle ne pénétrait guère dans sa vie publique et intellectuelle. Le peuple avait ses chants à part, expression plus vive et plus vraie de ses sentiments, de ses idées, de ses usages, de son existence religieuse et morale. Là, tout est naïf, sincère et spontané; c'est une poésie impersonnelle , sans nom d'auteur, fruit d'un talent naturel, d*une improvisation qui ne cherche point reflet et le trouve souvent par l'inspiration native. Le poëte est un simple paysan , un pâtre , un laboureur, un artisan illettré. Souvent aussi c'est un mendiant, un aveugle comme Homère, un rapsode, un héritier des traditions antiques. H y a des chantres populaires qui parcourent les villes et les villages, les foires et les fêtes publiques; ils s'arrêtent aux carrefours, là où se groupe la foule avide de les entendre; ils s'accompagnent de la lyre [saze]^ et leur répertoire de chansons ne manque jamais de produire leur effet sur un auditoire intelligent et sensible. Nous avons signalé ces mêmes chanteurs chez les peuples slaves ;- car la poésie populaire a partout les mêmes allures, la même source d'inspiration.

Ce sont ces chants nationaux qu'a recueillis FaurieP, et

■ chants populaires de la Grèce moderne. 1824, 1 toI.

M. Emile Legrand en a fait paraître récemment une collection nouvelle * , dont les plus anciens datent du quinzième siècle. Nous y renvoyons le lecteur pour plus ample information, faute de pouvoir nous étendre sur cet intéressant sujet. La variété en est grande : les uns se rattachent à la vie domestique, aux usages nationaux; les autres sont historiques, guerriers, romanesques ou de fantaisie.

Les fêtes religieuses et populaires ont inspiré de nombreuses chansons, qui se propagent d*une génération à l'autre et se répètent suivant les circonstances. Au 1* janvier, jour de la Saint-Basile dans TËglise grecque, les jeunes gens se réunissent pour aller chez les amis faire leur compliment et recevoir les étrennes. De gracieuses chansons sont adressées au maître , & la maîtresse de la maison, aux divers membres de la famille. Le 1* mars, on fête Touverture du printemps; des troupes de chanteurs vont de porte en porte annoncer la saison nouvelle, et reçoivent, pour leurs chants, ici des œurs, là du fromage ou des fruits. G*est surtout la fête de la jeunesse : on voit des enfants porter avec eux Timage de Tbirondeile, messagère du zéphyr, et ils répètent dans les rues ces gracieuses paroles : c Elle est venue, elle est venue, Thiron* délie qui amène la belle saison. Ouvrez, ouvrez la porte à l'hirondelle ; car nous ne sommes pas des vieillards, mais des enfants. »

Souvent la chanson s'improvise et prend le caractère de la circonstance qui Tinspire. Les événements publics ou privés la font naître. U y a des chansons pour les fiançailles, pour le mariage, pour le départ et les adieux.

* Recueil de chansons populaires grecques. 1874, 1 vol. D^aatits recueils ont été faits par M. de Marcellus, Satbas, Arnold Passow et Guillaome Wagner; ces deux derniers pnbUés à Leipag.

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