CHAPITRE PREMIER
Celles qui se rapportent à la mort, aux Tunérailles prennent le nom particulier de myriologues^ (complaintes}. Mais beaucoup de ces chansqns datent de loin et se sont conservées dans la mémoire à travers les siècles. Le peuple ne se lasse jamais de répéter les vieux souvenirs.
Les chansons des Klephtes ont un caractère à part et reproduisent, dans leur simplicité naïve ou héroïque, les mœurs, les sentiments de ces hardis adversaires de Toppression musulmane. On confond quelquefois les Klephtes avec les Armatoles : au fond , c'était la même milice ; les Armatoles étaient soumis, au moins pour la forme, à Tautorilé turque; mais quand TArmatole, impatient du joug et avide de pillage, se faisait partisan et se sauvait dans la montagne , il devenait Klephte (voleur) et ennemi acharné du Turc. Quand éclata la révolte de 1821, les Klephtes furent les héros de la guerre de Tindépendance ; ils étaient douze mille et firent des prodiges d*audace et de courage. La poésie a célébré leurs exploits ; il y a tout un cycle de chants populaires relatif à ces intrépides outlavirs. La chanson suivante, le Tombeau du Kkphte, est une des plus célèbres et se répète par toute la Grèce :
c Le soleil se couchait, et Dimas donnait des ordres. — Vous, mes enfants, allez chercher de Teau pour le repas du soir. Toi, Lamprakis, mon neveu, assieds-toi là près de moi. Tiens, revêts mes armes et sois capitaine. — Et vous autres, mes braves, prenez mon pauvre, mon cher sabre; coupez de verts branchages; faites-m*en un lit pour que je me couche , et allez me quérir un confesseur pour que je me confesse , et lui dise tous les péchés que j*ai faits. Je fus trente ans Armatole, vingt ans Klephte, et
* Des chants analogues sont en usage en Corse et en Sardaigne, sous jes noms de vocero, de to//a/a.
maintenant ma mort est venue : je m*en vais mourir. Faites mon tombeau , et faites-le-moi large et haut ; que j*y puisse combattre debout, et ebarger mon arme étendue sur le côté. Laissez à droite une fenêtre , pour que les hirondelles viennent m*annoncer le printemps , et les rossignols me chanter le beau mois de mai. »
Nous n*avons pas à nous arrêter longuement sur ces poésies populaires; on ne peut bien les apprécier, les goûter que par la lecture, et l'espace nous manque pour multiplier les citations. Il faut donc passer outre, en ren- Yoyan.t le lecteur aux recueils spéciaux qui les contiennent. Du reste, cette poésie n'a pas de notes très-variées, et elle ne manifeste qu'un côté restreint de l'esprit national. Pour en suivre le progrès et le développement, il faut toujours revenir aux œuvres plus sérieuses et plus savantes, à celles qui ont le privilège et le pouvoir de diriger l'esprit public, comme étant l'expression des plus hautes facultés de l'intelligence.
Le grec moderne n'a commencé à devenir langue littéraire que vers le commencement du dix-huitième siècle. Jusque-là, les savants et les écrivains employaient de préférence le grec littéral , dédaignant l'idiome vulgaire qui leur semblait entaché de barbarie. Ce n'était sans doute pas le moyen de le relever, ni de se créer de nombreux lecteurs; mais l'usage prévalait, et le préjugé avait force de loi, au grand détriment du progrès national. Rizos Neroulos divise en trois périodes l'histoire de la littérature moderne.
c La première (1700-1750) comprend l'aurore de la littérature. Le gouvernement turc venait d'accorder aux Grecs d'importants privilèges, en choisissant parmi eux les interprètes et les princes de Valachie et de Moldavie. Le crédit