CHAPITRE TROISIÈME
les branches des connaissances humaines ; après quoi le roi lai fit présent de son manteau de pourpre, pour qu'il s*en reTëtit le jour de son couronnement. Cette cérémonie eut lieu à Rome , le jour de Pâques de l'an 1 34 1 . Pétrarque monta au Gapitole , environné de toute la jeune noblesse romaine, et le sénateur Orso Colonna lui posa la couronne de laurier sur la tête, au milieu d'une pompe solennelle, et aux acclamations de la foule. Le poète remercia en criant trois fois : « Vive le peuple romain ! Vivent les sénateurs ! Que Dieu les maintienne avec la liberté ! » Puis il récita un beau sonnet en l'honneur des anciens Romains.
Ces hommages rendus à Pétrarque honorent l'Kalie autant que le poète ; ils montrent quels étaient alors l'influence et le pouvoir du génie. La cour pontificale d'Avignon, qu'il ménageait si peu dans ses vers satiriques, avait pour lui toutes sortes d'égards ; on le comblait de faveurs et de bénéfices; car Pétrarque était entré dans les ordres, quoiqu'il n'eût guère l'esprit ecclésiastique. Son enthousiasme pour l'ancienne Rome lui fit croire qu'elle allait ressusciter avec Rienzi, le tribun auguste, le zélateur de la liberté, comme il s'intitulait lui-même; il l'encouragea par ses lettres, l'appelant envoyé du ciel; et quand Rienzi devint prisonnier du pape, il le couvrit de sa protection et lui fit rendre la liberté. Plus tard, quand cette idole populaire eut été brisée par ceux qui l'avait adorée, il porta ses espérances sur l'empereur Charles lY, qui l'in- Tita à venir le trouver à Mantoue ; le poète parla au sou- ▼erain avec une liberté digne des temps antiques, mais il comprit bientôt qu'il ne pouvait rien en attendre pour la grandeur de l'Italie. Il échoua aussi dans sa tentative de ramener le pape Urbain Y à Rome. Sa seule consolation
était rétude, la recherche des manuscrits anciens. Partout où il passait, il fouillait les bibliothèques, les archives, copiait les ouvrages qu'il n*avait pas, comparait, rectifiait les textes, écrivait aux moines, aux princes, aux savants pour solliciter leur zèle et Taider dans ses recherches. G*est ainsi qu'il parvint à découvrir et à rendre à la postérité les œuvres de Quintilien, les lettres et plusieurs traités de Gicéron, qu'il fit connaître à l'Italie Sophocle, Homère, Hésiode et Euripide. Gicéron surtout lui était cher, et il eut la douleur de perdre un jour le traité de Gloria de cet écrivain : il en avait confié le manuscrit à un de ses anciens maîtres, et celui-ci le mit en gage dans un moment de détresse. Ge traité n'a jamais été retrouvé.
Pétrarque passa en Italie les vingt dernières années de sa vie; il fut chargé par diverses cours de plusieurs mis* sions diplomatiques ; puis, fatigué de voir son pays agité sans but et sans espoir, il se retira à Venise, et fit don à cette ville de sa bibliothèque ; en retour, il fut logé dans un palais aux frais de la République ; il moumt à Arqua, subitement, dans sa bibliothèque; on le trouva la tète penchée, comme endormi, sur un livre : il était mort d'apoplexie.
Outre les ouvrages que nous avons cités, Pétrarque en a composé beaucoup d'autres en latin qui n'ajoutent rien à sa gloire; disciple de Gicéron, il cherche à imiter son style, et s'il ne réussit trop souvent qu'à en faire le pastiche, on y trouve pourtant, à défaut de vérité et de profondeur, une facilité élégante, avec des détails précieux pour l'histoire du temps. Ges traités divers sont au nombre de plus de vingt-cinq, et n'intéressent plus guère que les érudits, mais ils ont contribué à répandre le goût de l'antiquité , et à préparer cette renaissance italienne dont les