CHAPITRE DEUXIÈME
patriarcale de Gonstantinople , et composa une Grammaire , une Rhétorique^ des Traités de philosophie, et des Commentaires sur divers auteurs grecs. Dans ses LeUres publiées récemment, on sent que, tout en servant les Turcs, il ne voyait en eux que les oppresseurs de sa nation, et qu'il rêvait sa délivrance future. Ses ouvrages, écrits en grec ancien, se distinguent par l'élégance et la correction.
L'enseignement de Mavrocordato porta d'heureux fruits. De son école sortirent une foule d'hommes distingués dans tous les genres, des évèques, des prédicateurs, des professeurs, des écrivains de mérite. La Porte récompensa ses services en ajoutant à son titre d'interprète celui de confident des secrets de V Empire. Il profita de sa faveur pour fonder des écoles grecques dans différentes villes, répandre les livres classiques et propager l'instruction. Grâce à son appui, beaucoup de jeunes Grecs, après avoir achevé leurs études scolaires, se rendaient en Europe pour les compléter auprès des professeurs en renom, les uns en Italie, les autres en France, en Allemagne ou en Hollande. Il se forma ainsi une pépinière de littérateurs et de savants, qui ont contribué à l'illustration de la nation grecque, tout en préparant son émancipation. Leurs ouvrages, en grec ancien ou moderne, s'imprimaient à Venise, à Leipzig, à Bukharest. C'est le moment où le grec moderne s'assouplit, s'épure, et tend à devenir une langue littéraire. Il se forma bientôt des libraires grecques; les écoles et les riches particuliers eurent des bibliothèques : tout concourait à un développement rapide de l'instruction nationale.
Parmi les hommes qui ont le plus contribué à ce pro* grès, il faut signaler le patriarche Samuel et Eugène Bulgaris.
Samuel était doué d'une haute capacité administrative jointe à une vaste érudition. Son zèle, son habileté, son éloquence lui valurent une grande influence. Il écrivait de préférence en grec moderne, et avec une rare pureté. Il se plaisait à inspirer à la jeunesse le goi\t de l'étude, et il composa une Rhétorique, des paraphrases de Démosthènes et de Platon. II fut le premier à encourager les traducteurs, et c'est par ses conseils que Nicolas Caradja publia en grec moderne Y Essai sur les maurs et le SikU de Louis XIV de Voltaire, Y Histoire de la conjuration des Espagnols contre Venise, par Saint-Réal.
Eugène Bulgaris (1716-1806) eut à cette époque une influence non moins grande sur la jeunesse. Né à Corfou» il fit ses études à Janina et dans d'autres écoles, puis il alla les compléter par des voyages en Italie , en France et en Allemagne. II acquit des connaissances très-étendues, et revint en Grèce pour en faire profiter la jeune génération des écoles. Il enseigna les lettres, les sciences et la philosophie avec beaucoup d'éclat au Mont-Athos et forma de nombreux élèves, dont plusieurs devinrent des hommes éminents, des professeurs distingués. L'impératrice Catlicrine l'attira à sa cour et l'engagea à traduire Y Enéide de Virgile. II y dépensa un temps précieux, qu'il eût pa employer à des œuvres plus utiles, car cette traduction n'a qu'une valeur médiocre ; néanmoins elle lui valut de la part de la czarine le siège archiépiscopal de Rberson. Il nourrissait l'espoir, bientôt déçu, de décider cette souveraine à affranchir la Grèce du joug des Turcs, et il lui adressa un Mémoire à ce sujet. II employa ses dernières années à composer des ouvrages religieux et à traduire les Confessions de saint Augustin. Il a laissé des traités scientifiques en grec ancien , mais ses traductions et ses