‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 283 sur 300 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

autres ouvrages sont en grec moderne. Son style, quoique un peu traînant et affecté» a pourtant servi de modèle aux écrivains jusqu'à l'illustre Goray.

Nicéphorc Théotokis, né, comme Bulgaris, à Gorfou, eut une destinée à peu près semblable. Il fit ses études en Grèce, alla se perfectionner en Italie, et revint à Gonstantinople, où il se distingua comme prédicateur. Il passa ensuite en Russie, et Gatherine II lui donna Farcbevèché d'Astrakan. Il prêcha la religion au milieu des Tartares et en convertit un grand nombre. On a de lui des Sermons, des traités de géographie, de physique et de mathématiques, qui furent adoptés dans les écoles grecques.

La Révolution française, qui agita TEurope entière à la fin de ce siècle, eut son retentissement jusqu'en Grèce et y fit germer les idées de liberté. Rien n'était préparé pour l'émancipation de ce pays, mais quelques hommes d'imagination ardente, devançant l'heure, firent une tentative d'insurrection dont ils devinrent victimes. À leur tête se trouvait Rhigas, né en Thessalie, et attaché au service de l'hos* podar de Valachie, Michel Soutzo. Rhigas avait la parole ardente, Timagination vive et poétique; il entraîna à ses desseins des négociants, des littérateurs, tous patriotes dévoués, se préoccupant plus d'une idée généreuse que des moyens d'exécution. Rhigas comptait aussi sur l'exaltation produite en Grèce par des hymnes patriotiques qu'il avait composés et qui étaient un appel aux armes, & la lutte contre les Turcs, à l'indépendance. Mais il ne mesurait pas plus ses actes que ses paroles; il manquait de prudence, et s'étaut rendu à Vienne pour préparer les moyens de rinsurreclion, il fut arrêté à Trieste par la police autrichienne avec huit de ses compagnons, et livré à la Turquie. Leurs amis firent de vains efforts pour les

sauver; ils furent exécutés à Belgrade, martyrs d*une cause qui devait plus tard triompher. Rhigas, qui était doué d*unc grande force musculaire, brisa ses liens au moment du supplice et renversa morts deux de ses bourreaux; mais aussitôt entouré et repris, il fut décapité.

Rhigas a été le Tyrtée de la Grèce renaissante; son sang a été une semence de héros, et ses vers, propagés par toute la Grèce, ont fait frémir tous les cœurs avides de liberté. On les répétait dans les sociétés, dans les festins; les campagnes comme les villes adoptaient ces refrains patriotiques, animés d'un souffle de guerre et de révolte. Les strophes suivantes, imitées de la MarmllaUe, ne manquaient jamais leur effet :

c Allons, enfants des Grecs, enfants des hommes célèbres, le jour de gloire est arrivé. Illustres et antiques ossements, venez, reprenez la vie; sortez de vos tombeaux; voyez la patrie qui gémit et verse des pleurs I Aux armes. Grecs! aux armes! qu'un fleuve de sang ennemi coule à nos pieds.

c Braves Hellènes , fils des Spartiates , et vous tous que la foi unit à nous! venez, amis, embrassons-nous en frères; faisons tous sur notre épée ce serment solennel : C'est au nom de la foi, au nom de Ja patrie, au nom de l'espérance en Dieu que je tire le glaive ; je ne le remet* trai au fourreau que lorsque la race tyrannique des cruels musulmans sera complètement anéantie. Aux armes! Grecs! aux armes 1 brisons les tètes des Turcs infidèles 1 »

La tentative infructueuse de Rhigas, terminée par cette catastrophe tragique, ne fut pas inutile à la cause delà liberté grecque. Elle eut un profond retentissement dans toute la nation; à travers sa tristesse, elle conserva et nourrit l'espérance. On se remit avec ardeur à l'étude, et

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les idées reprirent leur marche ascendante dans la voie du progrès. Il s'opéra même une modification sensible dans la direction de l'enseignement; la pensée se développa, se mûrit; l'intelligence eut des aspirations plus hautes. On se mit à chercher, à expliquer dans les auteurs classiques de la Grèce ancienne les principes politiques, les traditions nationales qui avaient fait la grandeur et la force de cette société ; on chercha à les faire revivre, au moins dans les écoles, en attendant le moment où la nation pourrait les reprendre dans la pratique : l'histoire du passé servit à révéler, à préparer l'avenir. Tel est l'ordre d'idées qui fut suivi par les écrivains et les professeurs dont nous allons parler.

Lambros Photiadès, chargé de l'enseignement des lettres au lycée de Bukharest, était doué d'un goût exquis, d'un cœur élevé et sensible. Il n'avait qu'un but : être utile à la Jeunesse en lui inculquant l'amour du bien et l'admiration du beau ; c'était moins un maître qu'un père au milieu de ses enfants; aussi leur inspirait-il autant de vénération que d'ardeur pour les travaux de l'intelligence. — Un de ses élèves , Néophyte Doukas , marcha sur ses traces dans une chaire du même lycée, et traduisit en grec moderne VHutoire de Thucydide. — Un autre élève de Lambros, Chrestary de Janina, encouragea l'art dramatique à Bukharest, et y fit jouer des pièces traduites par lui de l'italien et du français. Patriote sincère, il paya de sa personne et de sa fortune dans la guerre de l'indépendance et fit partie du bataillon sacré d'Ypsilanti, qui eut un si triste sort au début de la guerre.

Il ne faut pas s'étonner si les écrivains dont nous parlons maintenant tiennent presque tous l'épée en même temps que la plume; leur arme est double : la pensée et

le glaive. L*une sert d*appui à l'autre; mais une seule idée les guide , la liberté de la patrie. Le clei^é prit aussi une part active au mouvement de l'insurrection ; il consolait, encourageait dans la chaire , enseignait dans les écoles, entretenait le feu sacré dans les Ames, et montrait la patrie céleste à ceux qui n'avaient pu encore obtenir une patrie sur la terre. Tels furent Daniel Philippidis, homme fort savant, qui avait étudié en France et qui fit plusieurs traductions de nos écrivains*, et son ami Grégoire Gostantas, animé de la même ardeur pour le progrès des études et le triomphe de l'idée nationale. — Benjamin de Mitylène fut aussi un généreux champion de la science et de la liberté. Après avoir étudié en Grèce et en Italie, il obtint la création d'un collège à Mitylène, sa patrie, et y enseigna les sciences pendant quinze années ; il occupa ensuite la chaire de philosophie au lycée de Bukharest; mais quand la lutte commença contre la Turquie, il prit un rôle actif et brava tous les dangers, parcourant la Grèce en tous sens, parlant à tous le langage de la religion, enseignant le courage et le mépris de la mort. Il frappait tout le monde par son éloquence comme par son abnégation, et entraînait autant par l'exemple que par la parole.

Vardalachos, de Scio, remplaça Lambros dans sa chaire au lycée de Bukharest. Il y composa une Physique et une Rhétorique. Rappelé dans son lie natale pour y enseigner les belles-lettres, il la quitta bientôt pour aller professer au lycée grec d'Odessa. On sait que cette ville possède une colonie grecque fort nombreuse, et qu'elle sert comme de trait d'union entre la Russie et l'Orient.

> La Logique de Condilulc, la Chimie de Fovrcrot, VAsirwwmk de Laia^de.

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