‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 287 sur 300 · CHAPITRE DE.UXIÈMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE DE.UXIÈMB

La lutte glorieuse et meurtrière que soutint la Grèce pour secouer l'oppression musulmane entrava pour un temps le développement intellectuel du pays. Une telle crise nationale ne pouvait se produire sans amener des déchirements et des ruines. Les écoles, les collèges furent un moment anéantis. Toute la nation était en armes ; les savants, les professeurs avaient quitté la plume pour Tépée : il fallait vaincre ou mourir. Scio vit disparaître, dans une épouvan(a])le catastrophe, son brillant lycée, qui pouvait rivaliser avec les universités de l'Europe, et la riche bibliothèque qu'il possédait. Mais tant de sacrifices ne furent pas perdus; l'éclipsé fut de courte durée. La cause nationale triompha; la Grèce se releva de ses ruines; une ère nouvelle commença pour elle. La nation fut constituée, et elle put reprendre son élan vers des destinées meilleures, en se livrant à un travail de réorganisation politique, in tellectueile et morale. Partout les études ont été reprises avec une ardeur nouvelle. Le peuple est avide d'instruction. En Morée, il y a un proverbe qui dit : « Celui qui ne connaît pas les lettres n'est pas un homme. » C'est ce que sentait l'un des héros de l'indépendance, ce brave Kanaris, d'abord garçon de café à Psara, qui mettait en feu les flottes turques au moyen de ses brûlots: à cinquante ans, il eut honte de son ignorance, et se mit à apprendre à lire avec la simplicité d'un enfant ■.

Aussitôt que la Grèce eut repris son autonomie, et qu'elle

Vîlloison , Laporte du Theil , Boissonade, Barbie du Bocage, Didot. Ces lettres, pleines dUntérét et de curieux détails, s^iropriment en ce moment chez Firmin Didot, et formeront un Tolume de 500 pages. Elles vont de 1786 à 1833.

* Kanaris a aujourd'hui quatre-vingt-deux ans ; il est le dernier survivant des héros de ^indépendance.

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n*eut plus rien à craindre des Turcs, elle revint avec une ardeur nouvelle à ses travaux scientifiques et littéraires. Partout se fondèrent des écoles et des gymnases. L'université d'Athènes fut organisée, en 1837, avec trente professeurs pour faire les cours. On créa des bibliothèques, des collections diverses, des sociétés scientifiques et artistiques. De nombreux journaux et des revues répondirent aux besoins de lecture de la population. Plusieurs sociétés littéraires, nommées syllogueSj se sont formée^ en divers lieux pour favoriser les progrès de l'éducation. L'intelligence rayonne autour de chacun de ces foyers. Cette nation, douée de facultés si heureuses, héritière de si grands souvenirs, tend à renouer ses destinées à celles de ses glorieux ancêtres et à prouver qu'après deux mille ans elle n'est pas indigne de les faire revivre.

Jja Orèce a trouvé en France plus que des sympathies et des encouragements; nous lui avons donné l'appui de nos armes pour l'aider à revivre, et l'appui de notre politique, de nos institutions pour son organisation intérieure. Tandis que Coray trouvait à Paris un asile et des secours pour ses grands travaux , que nos poètes et nos hommes d'État plaidaient la cause de son indépendance, un Français, un savant de premier ordre, Brunet de Presle (i809> 1875), s'appropriait tous les secrets de sa langue et lui consacrait de nombreux et importants travaux : il trouve donc ici tout naturellement sa place. Il traduisit en français les charmantes poésies lyriques d'Athanase Cliristopoulos, traduisit en grec moderne, avec son ami M. Dchèque,les Devoirs des hommes, de Silvio Pellico; publia, dans VEnq/clopédie des gens du monde, de nombreux articles sur la Grèce moderne, et commença une Histoire de la Grèce, depuis la conquête romaine jusqu'à nos jours, achevée par

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