CHAPITRE DEUXIÈME
M. A. Blanchet. Brune t de Presle était Grec par la langue et par le cœur; il représentait Athènes à Paris, tant il était au courant de tout ce qui se pensait et s'écrivait en Grèce. Sa maison était le rendez-vous de tous les Grecs distingués qui passaient par notre capitale, étonnés et charmés de tant de science et d'un si gracieux accueil. Il consacra les dix dernières années de sa vie à renseignement du grec moderne à TÉcolc des langues orientales» et sa mort a été un Yéritable deuil pour la science comme pour tous les amis des lettres grecques.
Pour compléter notre tAche, il nous reste à passer en revue les écrivains principaux de la période contemporaine.
Le genre historique doit à Alexandre Mavrocordato une Hiitoire det Juifi, depuis Abraham jusqu'au milieu du dixseptième siècle; à Ypsilanti une Histoire du Bas-Empire, en grec moderne; à Daniel Philippidis une Histoire de la Roumanie, pleine de savantes recherches sur un peuple qui, lui aussi, aspire à des destinées nouvelles; une Histoire de la Grèce ancienne, par Paliouris.
Quant aux traductions, elles sont innombrables, et la liste que nous pourrions en donner remplirait bien des pages, mais seulement à titre de curiosité : là n*est pas le travail national. Néanmoins, ces nombreux emprunts faits aux littératures étrangères prouvent que les Grecs s'intéressaient vivement au progrès intellectuel, et que leurs propres auteurs ne suffisaient pas à leur besoin de savoir. Nous avons vu que la plupart de leurs professeurs, de leurs écrivains allaient compléter leurs études dans les diverses universités de l'Europe; ils tenaient à se mettre au niveau du progrès moderne, pour se préparer au rôle civilisateur que leur réservait l'avenir.
Constantin Œconomos (1780-1857), prédicateur éloquent, écrivain de premier ordre, a publié un remarquable traité sur les Septante, œuvre de baute érudition. Après avoir dirigé le gymnase de Smyrne, il se réfugia à Odessa pendant la guerre, et y prononça un beau panégyrique du patriarche Grégoire, pendu par ordre de la Porte; il séjourna ensuite à Saint-Pétersbourg. On a de lui un Catéchisme, un Cours de belles-lettres, des homélies et des sermons.
Minolde Minas, mort à Paris en 1860, avait quitté la Grèce quelque temps avant Tinsurrection de 1821 , et prit une part active à la Querelle sur la langue, qui divisa les philologues au commencement du siècle. Il doit surtout sa réputation à la découverte qu'il fit, en 1841, des Fabks de Babrius, dans un monastère du mont Athos, lors d'une mission scientifique en Orient dont Tavait chargé le ministère Salvandy. On lui doit encore la publication des IHscussions scientifiques d^Origène, ouvrage dont Tauthenticité a été vivement controversée en Angleterre et en Allemagne. Minas est aussi auteur de plusieurs traités de grammaire, et d'un chant pindarique intitulé : Canaris.
Constantin-Demetrios Schinas a rempli des fonctions importantes dans le gouvernement de son pays; tour à tour professeur, recteur de l'université, ministre plénipotentiaire à Munich et à Vienne, il a rendu des services aux lettres par son Histoire des anciens peuples de la Grèce, où il résume et complète les travaux antérieurs par beaucoup de documents nouveaux tirés des sources orientales.
Nous avons cité ci-dessus quelques passages du Cours de littérature professé à Genève par Rizos Neroulos, ouvrage que Ton consulte encore avec fruit. Rizos appartenait à une famille de Fanariotes : on appelait ainsi les Grecs de