CHAPITRE TROISIEME
heureux eSets se firent sentir ensuite sur toute TEurope. Ses Letires, très-nombreuses» écrites à tous les hommes célèbres de l'époque, n'ont point l'abandon et le naturel que l'on aime dans le style épistolaire ; le bel esprit y côtoie le pédantisme; mais elles sont précieuses pour l'histoire , et les mœurs du temps s'y reflètent sans arrière* pensée; le grand rôle joué par Pétrarque dans la politique comme dans la littérature leur donne toujours un Tif intérêt.
Nous venons de voir la création de la poésie italienne dans les œuvres de Dante et de Pétrarque, qui sont toujours restés sans rivaux dans leur pays; il faut suivre maintenant le développement simultané de la prose, et nous en trouvons le plus parfait modèle dans un conteur qui mériterait les plus complets éloges, si la morale de ses récits était en harmonie avec les gr&ces supérieures du style : nous voulons parler de Boccace.
Si Boccace est le premier prosateur italien par ordre de talent, il ne l'est pas par ordre de date. Nous avons déjà cité des chroniqueurs en langue vulgaire ; nous aurions pu dter également bon nombre de conteurs antérieurs au quatorzième siècle , surtout dans ce dialecte florentin qui a toujours donné le ton à la langue italienne : la Toscane a été le véritable berceau de cet idiome, et son dialecte est devenu classique. La nouvelle italienne est d'origine florentine : elle a pour base un récit, une aventure, une chose neuve , ornée de détails piquants où l'auteur se joue de la sottise, de la crédulité humaine : le recueil des Cent Nouvelles, que nous avons cité, est le type le plus ancien du genre. Boccace a trouvé dans les vieux conteurs florentins une matière déjà préparée, de même que les récits chevaleresques, les romans de la Table ronde, arrangés à
rîtalienne par d'anciens auteurs, lui ont fourni la matière de plusieurs de ses écrits romanesques.
Jean Boccace (1313-1375) naquit, à ce que l'on croit, à Paris, où son père était venu pour des affaires de commerce ; il ne prit aucun goût au négoce, auquel il était destiné; l'amour des lettres s'imposa à lui comme une Tocation irrésistible, et l'étude du droit ne put l'en détourner. Son père espéra l'y soustraire en lui faisant faire plusieurs voyages dans l'intérêt de ses affaires ; il l'envoya à Naples; mais la cour brillante et poétique du roi Robert lui ofirit d'autres attraits ; il assista à l'examen , au triomphe de Pétrarque qui précéda son couronnement au Gapitôle ; il conquit l'amitié du chantre de Laure ; rien ne put l'empêcher de se vouer entièrement aux lettres. Doué d'un esprit vif et charmant, d'une figure distinguée, Boccace adressa ses hommages à une dame de la cour que l'on croit être la princesse Marie, fille du roi; c'est elle qu'il a célébrée dans ses ouvrages sous le nom de Piammetia : cette passion , mêlée d'orages , fut la source de ses premiers êprits. Il revint bientôt à Florence, déjà célèbre comme écrivain, et remplit plusieurs emplois publics, des ambassades, puis fut chargé de la chaire créée pour l'interprétation de la Divine Comédie. Gomme Pétrarque, il s'occupa activement de la recherche des manuscrits, du progrès des lettres ; il reçut et entretint chez lui , pendant trois ans, un savant helléniste, Léonce Pilato, malgré les bizarreries de son caractère, pour en obtenir la traduction de seize dialogues de Platon ; et quoiqu'il sût imparfaitement le grec , il propagea de tout son pouvoir l'étude de cette langue, dont il sentait le besoin pour le développement des études. Il écrivait lui-même divers ouvrages en latin, avec moins de succès que Pétrarque, mais il puisait dans