CHAPITRE TROISIÈME
ce siège 9 qui coûta à la Grèce tant de sang généreux; il s'échappa les armes à la main, en forçant le passage à travers les Turcs, mais les trois quarts de ses compagnons périrent dans cette tentative désespérée. Pour lui, il courut à de nouveaux périls, et put enfin assister au triomphe de la patrie. Une douleur profonde, la mort d'un enfant chéri, lui vaspira les stances suivantes :
€ 0 lune bien-aimée, tu ne souffres pas, et je souffre ! Pourquoi donc parais-tu si triste là-haut dans le ciel?
« Toi qui répands tes rayons d'or sur la terre et de magiques enchantements sur les flots, pourquoi m'enveloppes-tu d'une lueur si pâle que je ressemble à un trépassé dans son tombeau?
€ 0 lune, parmi les anges qui habitent tes royaumes, mon ange n'est-il pas? Et n'est-ce pas un baiser de ses lèvres que ta lumière m'apporte?
« Écoute ma prière, prends ce soupir, et dis à mon enfant que mon âme dort avec lui sous la terre. Et s'il veut savoir quand mes maux finiront, réponds-lui qu'ils ne seront terminés que lorsque tes rayons bleus rencontreront ma tombe. >
Depuis ce moment, la muse de Zalokostas a des accents moins rudes; elle revêt un sentiment profond de tristesse et de mélancolie, dont ses poésies fugitives portent l'empreinte; les meilleures de son recueil sont celles où l'âme épanche ses douleurs, ses regrets, et aussi le pressentiment de la fin prochaine : « Je voudrais mourir, s'écrict-il, car la vie est un tourment, et la mort une fête. »
Le meilleur poëme de Zalokostas, celui qui a consacré
sa renommée, a pour titre ArnuUoles et Klephtes. L'arma-
tole, on se le rappelle, était un chef grec, feudataire de la
Porte; il veillait à la sûreté publique; mais quand il était
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las de lutter contre ses compatriotes opprimés» et de servir l'oppresseur, il se révoltait à son tour et se faisait klephte. Le klephte et Tarmatole étaient donc sans cesse aux prises, et les querelles publiques se compliquaient de haines particulières. Les Grecs et les musulmans avaient également à souffrir de ces luttes, qui ne nous sont guère connues que par les poésies populaires. C'est dans ces souvenirs que Zalokostas a puisé le sujet de son poème, en le dédiant aux mânes de son enfant chéri. Il y retrouve, dans sa vieillesse, toute la sève et la vigueur inspirée de ses jeunes années. L'Académie d'Athènes a couronné cette œuvre, mais le poète n'a pas joui de son triomphe; il était mort depuis quelques mois quand cet hommage fut renda à son mérite. Une souscription publique permit à sa veuve de publier ses œuvres complètes.
La langue de Zalokostas a conservé la rudesse et l'incorrection de l'ancienne école, dite vulgarisie. Depuis, l'idiome s'est singulièrement épuré et perfectionné aa contact des auteurs anciens. C'est à cette nouvelle école qu'appartient M. Orphanidis, quoiqu'il puise aux mêmes sources d'inspiration que le précédent. Poète et naturaliste, il a trouvé dans ses courses à travers la Phôcide le sujet de son poème i4nna et Phhras, ou la Tour de Pétra. La scène se passe au pied de l'Hélicon, séjour chéri des Muses, et le souvenir des] Klepbtes s'y mêle au récit fantastique de la légende.
Le talent de H. Orphanidis se montre plus élevé, plus complet dans son poème en cinq chants. Chics ticlane. Ce n'est plus une scène klephtique, comme celles qu'ont célébrées la plupart des poètes hellènes, mais un épisode de la domination génoise dans cette tle de Chios, si belle, et pourtant si malheureuse. Les Grecs l'appellent encore un