‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 294 sur 300 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

paradis terrestre, et le po^te, à son début, lui adresse ce touchant hommage :

< Salut, Chios! Si tu n*es pas le berceau d'Homère, c'est chez toi du moins qu'il a placé l'Olympe. Saisi d'un saint respect, j'ai baisé la pierre où s'est reposé le génie de l'antique Grèce, et, dans le calme de la nuit, mon oreille attentive a cru distinguer, à travers les bruits harmonieux et confus de la nature, le vieil écho des paroles du divin aveugle.

« Salut, Chios, patrie des fleurs, fille charmante de ta mère! Un sang innocent a trop souvent arrosé ton sein fécond et béni ; entre les fentes de tes pierres on trouve des ossements de martyrs. 0 toi ! voyageur, qui cingles vers ce beau rivage, contente-toi d'en aspirer de loin les parfums ; n*y descends pas, car tout ce que tu verrais déchirerait ton cœur. »

Cette petite épopée est composée avec art; l'intérêt est bien ménagé; les situations tragiques se dessinent avec vigueur, et le style, dans sa beauté sobre et expressive, est d'une parfaite correction. Cette forme élégante et pure est empreinte d'un grand charme, et donne une preuve vivante du progrès accompli dans la langue par les poètes modernes. Le poôte est de son temps par la pensée et l'expression, mais son goût est empreint de la pureté antique : heureuse alliance dont on ne saurait trop féliciter les écrivains de ce pays.

La Grèce compte deux poètes, deux frères du nom de Soutzos. L'un, Panayole Soutzos, remplit des fonctions politiques et administratives. Il a composé des odes, des drames, des romans. Le Voyageur rappelle le Man/red de Byron, et le poème du MessU offre de véritables beautés. Il a aussi publié en français les Odes d'un jeune Grec. Mais

l'autre frère, Alexandre SoutzoSy s'est acquis une renommée bien plus haute, et même une bruyante popularité. Les Soutzos appartenaient à une illustre famille de Fanariotes qui compta plusieurs hospodars parmi ses membres, et joua un râle important dans les affaires de Turquie et de Grèce.

Alexandre Soutzos (1803-1863) naquit à Ck>nstantinople, fit ses études, au gymnase de Ghio, et les compléta à Paris. Notre langue lui fut familière dès l'enfance, et il se passionna pour notre littérature : c'est en français qu'il publia son premier ouvrage, VHisUrire de U Révolution grecque (1829), remarquable par la composition et le style. Hais c'est surtout à la satire politique qu'il a dû sa réputation et son influence. A son retour en Grèce en 1830, il attaqua avec violence le gouvernement de Capo d'Istria, et alla même jusqu'à faire l'apologie de l'assassinat politique. Cette polémique acharnée, excessive, qui enflammait les passions populaires, se produisait dans une série de satires pleines de verve et d'originalité, le Compte rendu, la Circulaire, la Pétition d'un citoyen au Préddent, etc. U parut se calmer un peu à l'avènement du roi Othon de Bavière en 1832; mais bientôt, en voyant l'influence que prenaient les étrangers, les Allemands, autour du trône et dans les affaires, il recommença ses attaques dans une gazette satirique en vers, la Balance grecqmt, sorte de Néméns au fouet vengeur, dont la publication fut bientôt arrêtée par le gouvernement. Soutzos fut obligé de quitter la Grèce; mais dans cet exil où il passa la plus grande partie de sa vie, il continua la guerre contre les hommes et les institutions de son pays. L'oppoàtion était pour lui un besoin, une affaire de tempérament autant que de conviction patriotique; il sufOsait qu'on parti fût

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