‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 295 sur 300 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

au pouvoir pour qu'il cherchât à le renverser, et le trône allemand d'Othon ne put résister à ces coups. Le peuple athénien, toujours spirituel et frondeur, battait des mains aux attaques répétées de son po6te favori, et du mépris à la chute, il n'y a qu'un pas. En 1839, Soutzos publiait à Bruxelles deux comédies satiriques et politiques, le Premier Mmislre et le Poète indamptabk. L'indomptable, c'était lui-même ; car ni les condamnations, ni l'exil n'avaient pu briser cette fière énergie du satirique patriote, et il continua la guerre dans de nouveaux libelles, la Ménippée, le Portefeuille poétique, la Révolution du 3 septembre, le Miroir, le Panorama de F Assemblée, etc. Patriote sincère, il voulait sa patrie grande et forte, et il rendait le pouvoir responsable de tout ce qui paraissait entraver le développement politique et national : de là cette verve agressive, cette véhémence de passion qui circule comme une flamme dans tous ses écrits. Les hasards de l'exil le poussèrent successivement à Paris, à Londres, à Munich, à Berlin, et même à Saint-Pétersbourg, où l'empereur Nicolas, qui n'aimait pourtant guère l'opposition, fit un accueil flatteur à ce poète démolisseur de l'autorité.

La verve satirique de Soutzos était doublée d'un talent lyrique remarquable. On en voit la preuve dans son poème ayant pour titre t Errant, qui restera comme son chefd'œuvre, et où sont déposées ses impressions intimes, la pure essence de sa verve poétique; ajoutons-y un roman intéressant, VExtU. En 1853, le réveil de la question d'Orient ralluma sa verve et exalta ses espérances pour l'agrandissement delà Grèce; il entreprit un grand poème, la Guerre d^ Orient, et y travailla huit années sans pouvoir l'achever. Ses forces déclinaient; il voulut revoir la patrie qu'il avait tant aimée, mais ce fut pour mourir presque

aussitôt à rhâpital grec de Smyme. Sa mort fut comme un deuil public, et l'Assemblée nationale d'Athènes lui vota une statue. Malgré ses excès de plume et de caractère, Soutzos a laissé une mémoire chère au patriotisme grec, et comme écrivain, sa place est des plus honorables, n avait une facilité extraordinaire de composition; pourtant il travaillait beaucoup son style, et sa langue est à la fois claire et sobre, élégante et précise.

Quoique la langue grecque tende déplus en plus à l'unité et à une forme classique définitive , elle a pourtant encore divers dialectes, notamment celui des lies Ioniennes, longtemps soumises à la domination de Venise, et où le génie italien a laissé une forte empreinte. C'est dans ce dialecte qu'avait chanté l'auteur de YHymme â la liberté, Denys Solomos, auteur d'un admirable fragment publié dans Y Anthologie ionienne et intitulé Lambros. La langue poétique qu'adopta Aristote Valaoritis, néà Leucade (Sainte-Maure), est le dialecte de l'Ëpire, en souvenir de ces intrépides Klephtes épirotes qu'il a fait revivre dans ses poèmes. Il les a publiés sous le titre de MvTjftoauva, et, malgré une certaine opposition de la critique, il n'en a pas moins conquis une place honorable parmi les poètes de la Grèce moderne. Il y a des scènes d'un dramatique intérêt dans plusieurs de ces poèmes consacrés à la lutte héroïque des Épirotes contre le féroce Ali-Pacha de Janina. Rien de plus émouvant que les épisodes de cette glorieuse résistance que les Souliotes, retranchés dans leurs rochers, opposèrent aux attaques réitérées d'Ali-Pacha et des armées musulmanes. On se rappelle ce sublime sacrifice de cent femmes souliotes, qui ^e formèrent en ronde funèbre, et se précipitèrent une à une dans les abîmes de l'Achéron, plutôt que de tomber entre les mains du féroce Ali. Ces souvenirs, réveillés par

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