CHAPITRE QUATRIÈME
instrument de pensée et d'expression ; réveiller les lettres grecques , que Byzance envoyait à l'Italie avec ses savants expatriés par la prise de Gonstantinople ; collectionner les chefs-d'œuvre de l'art antique , former des musées où la sculpture et la peinture allaient trouver une source inépuisable d'inspiration : tel était le plaisir, la préoccupation, l'effort de tous les érudits, à qui ces études rapportaient autant de profit que d'honneur.
L'état politique et social de l'Italie favorisait ce rare développement intellectuel. Les invasions allemandes n'étaient plus à craindre ; l'anarchie qui en avait été la suite avait fait place à une sorte d'apaisement qui avait amené, dans plusieurs grandes villes, l'établissement de dynasties princières. Ces petites cours rivalisaient de luxe , et cherchaient à s'illustrer par la protection accordée aux lettres et aux arts. A Milan, le dernier des Visconti était remplacé par François Sforza , qui établit sa domination par la ruse et par la violence et devint l'arbitre de l'Italie ; il s'entourait de savants et accordait une large protection aux lettres , cherchant ainsi à faire oublier ses vices odieux. La maison d'Esté, à Ferrare, jouissait d'une gloire plus pure, et formait une cour brillante où les érudits et les poètes trouvaient toujours un asile hospitalier. Les Gonzague de Mantoue ne restaient pas en arrière de ce progrès civilisateur. Alphonse V d'Aragon, surnommé le Magnanime, avait conquis le royaume de Naples sur le roi René d* Anjou , et comme symbole de son amour pour les lettres, il prenait pour armoiries un livre ouvert; pour terminer une querelle avec Gosme de Médicis, il cédait ses droits en échange d'un beau manuscrit. Ce Gosme de Médicis, dont la famille, enrichie par le commerce , imposa à Florence une longue et glorieuse domination , Gosme devint pour les lettres un in. 5
protecteur aussi généreux qu'intelligent : après avoir yiolemment réprimé les ennemis de son pouvoir, il administra avec douceur et sagesse , enrichit Florence de nombreux monuments, fonda une Académie, et commença cette fameuse bibliothèque Limrentienne , où étaient déposés les manuscrits précieux qu*il faisait recueillir à grands frais, et que la chute de Gonstantinople jetait à l'encan sur les marchés publics. Laurent de Médicis, le Magnifia que, fut le plus éclairé, le plus brillant, le plus illustre des princes de cette famille; sous lui, Florence devint l'Athènes de Tltalie, et l'on put se croire transporté aux beaux jours du siècle de Périclès.
A Rome, la papauté savait, comme toujours, se mettre au niveau des besoins du siècle , et s*approprier tous les travaux de l'esprit humain pour leur donner une utile direction. Les papes furent les promoteurs les plus zélés de la restauration des lettres antiques. Le pape Nicolas Y avait été dans sa jeunesse copiste de manuscrits grecs et latins; aussi accorda-t-il un asile généreux aux savants chassés de Byzance; il donnait cinq cents écus d*or à Lorenzo Yalla pour une traduction de Jhucydide ; ce fut lui qui mit fin au Grand Schisme et qui fonda la Bibliothèque Yaticane. Pie II, avant d'être pape, était déjà célèbre sous le nom d'^neas Sylvius ; il a laissé des ouvrages remarquables, HisUnrtt, LeUres, Harangues; il avait organisé une croisade contre les Turcs, avec Hathios Cor vin, Scanderberg et Yenise, et allait se mettre à sa tète quand il mourut.
C'était partout un zèle enthousiaste pour les lettres, une ferveur de néophytes dont on a peine à se faire une idée aujourd'hui ; jamais l'érudition ne fut plus en honneur ; les professeurs trônaient dans leurs chaires avec une fierté