CHAPITRE QUATRIÈME
toute priricière; on se les disputait à prix d'or. Fllelfo, professeur d'éloquence à dix-huit ans, se rendait à Constantinople comme secrétaire d'une ambassade vénitienne , et y épousait une fille de Ghrysoloras, alliée aux PaléO'^ logue; enflé de cette noble alliance autant que de son savoir, il déployait un faste puéril, et trouvait que c'était peu de quatre cent cinquante «ducats pour six mois d'en* saignement à Bologne. Il avait rapporté de son Toyage en Grèce une riche moisson de manuscrits, et il professa dans plusieurs universités italiennnes avec une ardeur qu'il savait communiquer & ses disciples; il montait en chaire jusqu'à cinq fois par jour, et traitait chaque fois des sujets différents. Son érudition était à la hauteur de son zèle, mais elle était dépassée par l'infatuation de lui-même ; il ne pouvait souffrir de comparaison avec les autres savants ; de là des querelles violentes, une polémique semée d'injures et d'invectives, particulièrement contre lePoggio, son rival en science : tout cela sortait de la mesure et du bon goût. Il eut aussi le tort de conspirer contre les Médicis, et ne put s'en prendre qu'à lui-même de la misère où le firent tomber sa puérile vanité et l'amertume de son intraitable caractère. Filelfo a laissé de nombreux ouvrages latins. Satires, ÉpUres, Lettres, Poésies, Discours, Dialogues, Traités, Traductions, et un poôme, la S/orciade, en l'honneur de Sforza. Son fils, Mario Fileifo, s'illustra aussi par ses écrits en divers genres; il avait le talent particulier d'improviser des vers en chantant sur un sujet donné. Parmi les professeurs célèbres qui répandirent le goût de l'érudition en Italie , il faut surtout citer Jean de Ravenne, disciple de Pétrarque, qui enseigna la grammaire et la rhétorique à Venise, à Padoue, puis à Florence, et
Emmanuel Gbrysoloras, envoyé deux fois en Europe par
Manuel Paléologue pour solliciter l'appui des princes chrétiens contre les Turcs; il s'établit à Florence , où il enseigna le grec , et forma de nombreux disciples par lesquels la belle langue des Hellènes entra définitivement dans le courant des études universitaires.
Ce retour aux lettres grecques fut encore activé par le concours d'autres Orientaux établis en Italie. — George de Trébizonde, appelé à Rome par le pape Eugène IV, y traduisit des ouvrages d'Aristote, de saint Cyrille et de saint Jean GhrysostAme; mais, dans sa précipitation, il restait infidèle au texte, et Nicolas Y lui préféra bientôt Lorenzo Yalla, professeur à Padoue, à Naples et à Florence. — Le cardinal Bessarion, né à Trébizonde, moine en Grèce, évèque de Nicée, envoyé au concile de Ferrare, se fixa en Italie auprès du pape Eugène IV, et sa maison devint le rendez-vous des amis des lettres; il fut chargé de diverses ambassades difficiles, et légua en mourant sa bibliothèque à Venise. Il traduisit les Mémoires sur Socrate de Xénophon et la Métaphysique d'krisioie.
Le philosophe de Stagire perdait peu à peu du terrain dans les écoles, à mesure que la scolastique y était délaissée; Platon y gagnait en faveur; il représentait mieux l'esprit moderne, et une lutte très-vive s'engagea entre les deux écoles. Le platonisme fut importé en Italie par un Grec réfugié de Constantinople , Gémistus Pléthon, philosophe érudit, qui se distingua par son éloquence au concile de Florence et fut bien accueilli par Gosme de Médicis. L'Académie de Florence fut platonicienne; elle avait à sa tète Mai*sile Ficin , traducteur de Platon , et si bien pénétré de sa doctrine qu'il la prêchait en chaire, car il était chanoine de Florence ; il prétendait retrouver dans Platon tous les mystères de la religion chrétienne, et Socrate était