‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 37 sur 300 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

pour lui le type du Christ : son imagination aimait à. s'égarer dans le mysticisme de l'école d'Alexandrie. — Un autre partisan zélé de la philosophie platonicienne était Pic de la Mirandole (1463-1494), prodige de mémoire, de travail et d'érudition ; à dix ans , il prenait place parmi les orateurs et les poètes; il étudia pendant sept ans dans les uni- Tersités les plus célèbres d'Italie et de France , et apprit le latin, le grec, l'arabe, l'hébreu, le chaldéen ; à Rome, il publia une liste de neuf cents propositions de omnt re tcihUi, qu'il s'engageait à soutenir ; on en trouva quelquesunes entachées d'hérésie; elles furent condamnées par Clément Yni, et défense lui fut faite de discuter publiquement; il se retira, découragé, à Florence, et renonça aux sciences profanes.

L'étude des lettres grecques est encore représentée, dans ce siècle , par d'autres savants distingués. Guarino de Vérone (1370- 1460) étudia d'abord à Constantinople , et y collectionna de nombreux manuscrits ; l'une des caisses qui les contenaient fut engloutie parla mer à son retour, et la douleur qu'il en ressentit fit blanchir ses cheveux en une seule nuit. Il traduisit Plutarque et Strabon , et enseigna à Ferrare jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans. — Jean Aurispa (1369-1460) suivit une carrière semblable; il étudia en Grèce et en rapporta deux cent trente-huit manuscrits. — Traversari (1386-1439) et Léonard Bruni d'Arezzo, iîirAriUn, tous deux élèves distingués de Chrysoloras, illustrèrent l'école de Florence par leurs travaux et comptent parmi les restaurateurs des lettres. On doit à Léonard Bruni une bonne Histoire de Florence en latin , des traductions de Plutarque, d'Aristote, d'Eschine, de Démosthène, la Vie de Pétrarque et celle de Dante. — Théodore Gaza, réfugié grec, enseigna successivement à Sienne, à Ferrare

et à Rome 9 et fit aussi de nombreuses traductions; sa Grammaire grecque est restée longtemps dans les écoles. — Manille, autre Grec de naissance » se distingua dans la poésie latine , en rivalisant avec Lucrèce pour la forme, et en conservant toutes les machines poétiques de TOIympe païen. — Aurelio Brandolîni, quoique aveugle, était fort versé dans les lettres, et improvisait des vers latins sur les sujets les plus difficiles; il alla professer en Hongrie, à l'appel de Mathias Gorvin, puis revint en Italie, se fit moine augustin et obtint un grand succès par ses prédications. — Victorin de Fellro enseignait les lettres aux enfants du prince de Mantoue, Jean-François Gonzague, lorsque l'idée lui vint de fonder une espèce de collège soiis le titre de Maison- Joyeuse ; les jeunes gens y étaient initiés à la science par les moyens les plus agréables; la musique, la danse, l'équltation, la promenade, les jeux faisaient diversion aux études les plus sérieuses, et se joignaient à des moyens d'émulation qui favorisaient les progrès des élèves, n sortit de cette école beaucoup d'hommes distingués qui contribuèrent à la réputation du maître.

Pomponius Létus, qui appartenait à une noble famille, la quitta pour s'établir à Rome et y vivre , pauvre et fier, au milieu des monuments et des souvenirs de Fantiquité; sa passion, son culte un peu superstitieux pour les réminiscences païennes le firent soupçonner d'impiété \ il fonda une Académie romaine dont le pape Paul II prit ombrage ; il y voyait un foyer de conspiration. Létus subit la prison , mais il fut remis en liberté et en honneur sous les papes suivants , et put continuer ses travaux et son enseignement. Il était de ces puristes enthousiastes qui répudiaient tout ce qui n'était pas grec ou latin.

Poggîo Bracciolini, ou le Pogge (1380-1459), élève de

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