‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 38 sur 300 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Ghrysoloras comme son ami Léonard Arétin, dont il continua Y Histoire, tient une des premières places parmi les savants de ce temps. Il fut secrétaire apostolique sous Boniface IX et les sept papes suivants, c'est-à-dire pendant plus de cinquante ans. Ces fonctions ne l'empêchèrent pas de faire de nombreux voyages en Italie , en France , en Allemagne et en Angleterre ; il en profita pour découvrir de nombreux manuscrits, qu'il sauva de l'oubli ou de la destruction ; c'est ainsi qu'il rendit au monde des lettres lesceuvresde Quintilien, de Golumelle, de Valérius Flac* eus, de Silius Italicu^» de Yitruve, d'Ammien Marcellin, de TertuUien, etc. Il finit par se axer à Florence, auprès de Cosme de Médicis, qu'il aimait tendrement, et il y mourut comblé d'honneurs. Ses nombreux ouvrages dénotent de vastes connaissances , un esprit vigoureux et profondy mais le style en e^t peu élégant et peu correct. On cite surtout son Histoire de Florence, de 1350 à 1455; ses Dialogua philosophiques ^t ses Lettres, Mais sa gloire fut compromise par un livre immoral, les Facéties, et par les invectives acrimonieuses dont est semée sa polémique contre d'autres savants. L'ardeur littéraire suscitait des jalousies, des passions haineuses» qui se faisaient jour par d'acerbes critiques, des mots virulents, de grossières injures : la république des lettres a toujours eu son côté anarchique , et les grands hommes des faiblesses inqualifiables.

Bien d'autres érudits pourraient trouver place encore dans cette revue des écrivains en langue latine \ mais il ne faut pas oublier que notre objet est la littérature italienne, à laquelle nous devons revenir après ce détour nécessaire dans un champ limitrophe. Le latin, objet d'un culte spécial de la part des savants, des admirateurs de l'antiquité, servit indirectement au progrès de la langue vulgaire. Les

n LITTÉRATURE ITALIENNK.

cicéroniens, ainsi qu'on appelait les puristes» les admirateurs exclusifs de la langue de Gicéron, répudiaient ce latin composite et plat qui était en usage dans l'école et dans l'Église ; Bembo, leur chef, avait en grand mépris le latin des épttres de saint Paul, et n'employait aucun terme qui ne fût dans Gicéron. Érasme se moquait spirituellement de ces ridicules exagérations; mais cette recherche d'un style élégant et pur rejaillit sur la langue italienne, qui fut remise peu à peu en honneur. Bembo lui-même l'écrivit avec une grande élégance» et Laurent de Médicis. au milieu de son Académie platonicienne, trouvait que les œuvres de Dante , de Pétrarque et de Boccace pouvaient servir de modèles aux écrivains en langue vulgaire.

Laurent de Médicis (1448-1492) aimait, comme plus tard Richelieu, à voiler son despotisme sous la protection accordée aux lettres et aux arts ; il les cultivait lui-même avec goût, à la suite de Pétrarque, dont il imila les sonnets et les eanzùni, sans pouvoir en égaler la pureté et l'harmonie. On trouve d'agréables descriptions, entremêlées d'élans lyriques, dans ses SUvet tt amour et ses petits poèmes [pœmetti), tels que YAml^ra et la Nenda da Barhmno : ce dernier est une pastorale assez originale, une parodie des lamentations amoureuses adressées par un paysan à celle qu'il aime : on y trouve de piquants effets de style, mais la moralité en est fort équivoque. La licence va plus loin encore dans ses ChanU du eamaml ( Canti cmmescm^ Uschi) : ce genre de mascarades, dont il est l'inventeur, a eu un succès très-prolongé. Le prince qui avait si bien asservi le peuple florentin avait au moins le talent de l'amuser.

Ange Politien (1454-1494] fut le favori de Laurent de Médicis, son commensal, le compagnon de ses travaux et

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