CHAPITRE QUATRIÈME
de ses étades, le précepteur de ses enfants. Sa faveur commença par un poème composé en Thonneur de Julien de Médicis, à Toccasion d'un Towmoi où celui-ci et son frère aTaient été vainqueurs. Ce poème, un peu prolixe, quoique inachevé, ût la fortune de Politien ; il est en ttaneei de huit verset le place, comme écrivain, au-dessus de son protecteur; pourtant il n*a rien de hien original, ni pour l'invention, ni pour la forme, et il nous semble que sa réputation a été surfaite par les contemporains, courtisans obligés des Médicis et de leur entourage. Politien parait l'avoir jugé ainsi lui-même ^ car, après ce premier jet de sa muse en langue vulgaire, il se tourna tout entier vers les travaux d'érudition et de philosophie. Professeur à Florence, chanoine de cette ville, ambassadeur auprès du pape Innocent YIII, il joua un rôle important dans les affaires et dans les lettres; il composa en latin des épigrammes, des épitres, des discours, des bucoliques, des traductions, des Commentairei sur- Us Pandecks, V Histoire de la eonjuraUon des Paxzi, douze livres de Lettres fort intéressantes; enfin il fut le restaurateur du théâtre par sa FMe d'Orphée, sorte de drame pastoral improvisé en deux jours pour célébrer à Hantoue l'arrivée du cardinal Gonzague.
U ne faut pas croire pourtant que cette pièce soit le premier essai de drame en Italie; le théâtre existait déjà, comme partout, à l'état d'enfance, et l'on pourrait citer une foule de pièces antérieures, essais informes, imitations de l'antiquité, que l'on jouait sous le nom de Rappreser^ taùimi, et dont plusieurs sont dans le genre des Mystèree du moyen âge. U y avait aussi des comédies improvisées, [CemmeJRe delt arte)^ qui rappelaient les atellanes, et auxquelles le public italien, très-sensible à la mimique, prenait
grand plaisir. Ce théâtre, dépourvu d'art et de goût, perdit sa vogue à mesure que l'on appréciait davantage les chefsd'œuvre de l'antiquité ; on vit paraître des comédies écrites en latin, et Pomponius Létus fit jouer à Rome des pièces de Plaute et de Térence.
L'œuvre de Polilien, Orphit, n'était donc pas une innovation; elle ressemblait beaucoup aux pièces incohérentes de ses prédécesseurs, et ne les surpassait que par la pureté du style; il la remania par la suite, la divisa en cinq actes, avec chœurs et dénoûment tragique, mais sans lui enlever son caractère bucolique, qui .fait un singulier contraste avecles allures du drame. Néanmoins le théâtre en reçut une impulsion favonible : on commença à jouer des pièces dans toutes les cours d'Italie, et les seigneurs s'unissaient aux gens de lettres pour prendre des rôles dans ces représentations.
Plus on étudie ce siècle d'érudition pédante, plus on se convainc que la science y a tué le génie; tous ces écrivains, écrasés par un pesant savoir, manquent d'imagination créatrice : ils ne savent que traduire et imiter. Voici pourtant un auteur dont l'imitation n'est pas sans indépendance, et qui trouva, dans l'épopée chevaleresque, moitié héroïque, moitié comique, une veine assez féconde et assez originale pour servir de modèle, dans le siècle suivant, à des écrivains mieux doués que lui : nous voulons parler de Pulci, et de son MorganU Afaggiare.
Louis Pulci (1431.1470), né à Florence, était le plus jeuqe de trois frères, distingués dans les lettres; l'aîné, Bemardo Pulci, fit des Élégies, un poème sur la Pattion, et une traduction des Bucoliques de Virgile; le second, Luca, chanta le Toumùi, où Laurent de Médicis fut . vainqueur ; il fut surpassé dans ce sujet par son émule Politien , mais