CHAPITRE PREMIER
Et pourtant la tradition des lettres se conserva au milieu de ce chaos : les écoles ne périrent pas ; on en établit même de nouvelles, et les évèques veillaient aux études, autant que le permettait la misère du temps. C'est alors qu'intervint l'empereur Othon le Grand , qui reprit sur ritalie les projets de Gharlemagne. Il avait arrêté déOnitivement les invasions hongroises par la victoire d'Augsbourg; il disputa l'Italie à l'usurpateur Bérenger U, prit d'abord la couronne de fer, puis la couronne impériale à Rome (962), et commença cette série des invasions allemandes en Italie, qui se renouvelèrent à peu près sous chaque règne pendant trois siècles, et ne furent pas moins fatales à l'unité de l'Allemagne qu'à la prospérité de l'Italie. Les Romains, comme les Lombards, détestèrent toujours le joug allemand: ils se révoltèrent cinq fois contre Othon, qui eut besoin de toute sa volonté et sa puissance pour maintenir sa conquête. Les villes gagnèrent à ce régime nouveau tout ce que perdit la noblesse; elles se formèrent en municipalités indépendantes, et s'habituèrent à se gouverner elles-mêmes : ainsi naquirent ces petites républiques italiennes, dont la vitalité fut si puissante au moyen âge, mais dont les rivalités et les guerres firent perdre de vue la nationalité commune.
Depuis Othon le Grand , les empereurs d'Allemagne se considérèrent comme légitimes possesseurs de l'Italie , et pendant trois siècles presque tous ces souverains passèrent les Alpes pour soutenir leurs prétentions et revendiquer un pouvoir qui leur était toujours contesté. La maison de Franconie, qui succéda à la maison de Saxe, ajouta à ces prétentions celle de dominer le Saint-Siège , et les querelles d'ambition se compliquèrent de la querelle des ItmstUyrei. Grégoire VII, ennemi juré de la simonie et
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des abus» lutta énergiquement contre Henri IV» qui parut vainqueur un instant, mais finit par être dépossédé et mourir dans la misère. Son fils , Henri Y, n*obtint la paix qu'en renonçant aux investitures ecclésiastiques; ce fut le concordat de Worms qui mit fin à ces grands dénièlés (1122).
Mais les souverains allemands n'avaient pas renoncé à leur projet d'asservir Fltalie et la papauté; cette fois, ce fut la maison de Hohenstaufen qui reprit l'œuvre de la conquête, et la querelle des Guelfes et des Gibelins passa d'Allemagne en Italie pour y changer de caractère : les Guelfes furent les défensem's de l'indépendance italienne, et aussi de la papauté hostile aux Allemands ; les Gibelins étaient les partisans des empereurs delamaisondeSouabe. Frédéric Barberousse et Frédéric II , malgré leur génie et leur puissance , échouèrent contre l'indomptable résistance des communes lombardes que soutenait le patriotisme éclairé des papes intéressés à affranchir l'Église de l'oppression teutonique.
Au onzième siècle, quelques aventuriers normands, établis à Amalfi, y fondèrent une puissance qui s'agrandit rapidement et devint le royaume des Deux-Siciles; il passa par mariage sous la souveraineté des empereurs d'Allemagne, et, à la mort de Frédéric II, le pape en donna * l'investiture à Charles d'Anjou, frère de saint Louis, qui rêvait de grands projets en Italie et en Orient, quand les V^res Siciliennes vinrent en arrêter l'essor.
Si nous rappelons sommairement ces événements historiques , c'est pour qu'ils nous introduisent dans le domaine des lettres : ce sont des guides indispensables pour éclairer la route. Ainsi , avec Frédéric II, tenant sa cour à Palerme, entouré de savants, de poètes, d'astrologues^ de juifs et